Saga Jesperi Kotkaniemi: Les offres hostiles n’ont pas toujours été un gage de succès



Par Daniel Vanier

Depuis le 4 septembre dernier, Jesperi Kotkaniemi est devenu le premier joueur depuis Dustin Penner, qui a reçu une offre hostile, l’a accepté et qui n’a pas vue cette offre être égalisée par son équipe d’origine.

C’est évidemment un évènement qui a fait beaucoup jaser les amateurs de hockey. On se demande si cette signature à un salaire démesuré est un bon coup pour les Hurricanes. À première vue, cela semble un gros risque pour la formation de la Caroline, car les joueurs obtenus par des offres hostiles précédemment n’ont pas vraiment été dominants par la suite.

Chris Gratton et Dustin Penner les 2 derniers depuis 24 ans

Les offres hostiles, bien qu’un peu plus fréquentes qu’auparavant, demeurent tout de même assez rares dans le monde du hockey. Celle reçue par Jesperi Kotkaniemi est la 10e depuis 2006. C’est encore plus rare que la formation qui voit un de ses joueurs recevoir une offre hostile décide de ne pas l’égaliser. Jesperi Kotkaniemi devient en effet seulement le 3e joueur en 24 ans à être obtenu de cette façon par une autre formation. Les deux autres furent Dustin Penner en 2007 et Chris Gratton en 1997.

De plus, dans le cas de Chris Gratton, cette offre hostile s’est transformée plus tard en transaction suite à un imbroglio qui s’est produit alors que le DG du Lightning de Tampa Bay à l’époque, Phil Esposito, a tenté de frauder le système avec une méthode bien malhabile.

Voici de plus amples détails sur les deux dernières offres hostiles qui n’ont pas été égalisées par l’équipe d’origine d’un joueur.

Dustin Penner

Le 2 aout 2007, le directeur général des Oilers, Kevin Lowe , décide d’offrir une offre hostile de cinq ans à un salaire de 21,25 millions $ à Dustin Penner qui appartenait alors aux Ducks d’Anaheim. C’était énorme à l’époque et cette offre aura donné aussi droit à un conflit mémorable entre Lowe et le directeur général d’Anaheim, Brian Burke. Les deux hommes de hockey s’étaient même lancé des invitations à se battre et Gary Bettman avait dû intervenir.
Penner était surnommé « Big Dustin Penner », il devait ce surnom à sa taille de 6 pieds et 4 pouces et à son poids de 247 livres.

Une belle découverte des Ducks

Penner n’a jamais été repêché dans la LNH. Il a été découvert par les Mighty Ducks d’Anaheim qui l’ont fait signer comme agent libre lorsqu’il jouait pour les Black Bears du Maine de l’Université du Maine. Penner était considéré comme étant un attaquant de puissance. Dustin Penner a signé le 12 mai 2004 avec les Mighty Ducks d’Anaheim. Il marque 28 points lors de sa saison recrue avec les Mighty Ducks de Cincinnati, équipe affiliée aux Mighty Ducks d’Anaheim de la Ligue américaine de hockey. La carrière de Penner prend un tournant quand les Mighty Ducks de Cincinnati déménagent à Portland sous le nom des Pirates en 2005-2006. Il marque 39 buts et 84 points en 57 parties avec Portland et il fait ses débuts dans la LNH, jouant 19 parties avec les Mighty Ducks d’Anaheim. Lors des Séries éliminatoires de la Coupe Stanley 2006, Penner a fait écarquiller bien des yeux en inscrivant 9 points en 13 parties pour les Mighty Ducks.

Une excellente 1ere saison

La saison suivante, Penner a une place régulière avec les Ducks d’Anaheim (le Mighy Ducks a été abrégé par Ducks pendant la saison morte). Il marque 29 buts et ajoute 16 passes pour un total de 45 points. Il évoluait alors sur un trio de jeunes joueurs en compagnie de Ryan Getzlaf et Corey Perry qui faisaient eux aussi leurs débuts dans la LNH. Cette ligne était surnommée la « Kid Line ». Son total de but est le deuxième meilleur de l’équipe derrière le vétéran Teemu Selänne qui en a inscrit 48. Penner bat ainsi un record d’équipe pour le nombre de buts en une saison pour une recrue (dépassé par Bobby Ryan en 2008-2009). Cette même année, les Ducks remportent la Coupe Stanley contre les Sénateurs d’Ottawa.

Après avoir remporté la Coupe Stanley avec les Canards, Penner est agent libre avec restriction. Les Ducks, manquant d’espace sur le plafond salarial, ne peuvent signer Penner. C’est alors que le directeur général des Oilers d’Edmonton Kevin Lowe a sauté sur l’occasion.

Une seule bonne saison par la suite

À sa première saison avec les Oilers d’Edmonton en 2007-2008, Penner marque 23 buts et 47 points. Le gros ailier commence lentement la saison 2008-2009 et il est publiquement critiqué par l’entraîneur-chef des Oilers, Craig MacTavish. Il termine cette saison difficile avec 37 points. Il se replace la saison suivante et va connaître sa meilleure saison dans la LNH avec 32 buts et 31 passes pour 63 points en 82 matchs.

Le 28 février 2011, il est échangé aux Kings de Los Angeles en retour du défenseur Colten Teubert et d’un premier choix au repêchage en 2011. Suite à sa saison de 63 points, Penner ne récolte jamais plus que 39 points par la suite. Il a été éprouvé par les blessures et a même connu 3 saisons en bas de 20 points.
Le 11 juin 2012, il remporte la Coupe Stanley avec les Kings de Los Angeles.

Le 16 juillet 2013, il retourne avec les Ducks d’Anaheim en signant un contrat d’un an, de 2 millions de dollars américains.

Le 4 mars 2014, il est échangé aux Capitals de Washington. Il ne disputera que 18 matchs avec eux avant de prendre sa retraite du monde du hockey.
Dustin Penner n’aura donc jamais obtenu les résultats escomptés lorsqu’on lui a soumis cette offre hostile. Il aura tout de même aidé deux formations à remporter la Coupe Stanley.

Chris Gratton

Un joueur prometteur

En 1993, lors du repêchage de la LNH, le Lightning de Tampa Bay sélectionne le joueur de centre Chris Gratton avec le 3e choix au total. Les deux premières sélections avaient été Alexandre Daigle par les Sénateurs d’Ottawa et Chris Pronger par les Whalers de Hartford.
Avec som imposant gabarit de 6 pieds 4 pouces et 230 livres, on croyait le jeune homme originaire de Brantford en Ontario, allait devenir un excellent attaquant de puissance. Il avait prouvé dans le junior qu’il pouvait marquer des buts en plus d’être capable de se battre et de distribuer de robustes mises en échec. On le comparait un peu à Brendan Shanahan qui venait d’inscrire 94 points, dont 51 buts, tout en accumulant 174 minutes de pénalité avec les Blues de Saint-Louis.

Convaincu d’avoir fait un bon choix, le Lightning fera jouer sa jeune recrue dès sa première année. Il inscrira 42 points, dont 13 buts. Gratton connaitra deux autres saisons assez ordinaires avec le Lightning avant d’inscrire 30 buts et 32 passes en plus d’accumuler 201 minutes de pénalité en 82 parties lors de sa 4e saison.

Cette production a fait tourner bien des têtes. Chris Gratton devenait agent libre avec restriction à la fin de la saison 1996-1997. Le 4 août 1997, le directeur-général des Flyers à l’époque, Bobby Clarke décide de soumettre une offre hostile au clan de Chris Gratton. L’offre était un contrat de 5 ans avec un montant total de $16.5 millions, incluant un bonus de signature de 9 millions $ devant être payé dans les sept jours. Ce bonus avait été spécialement conçu, car Clarke était au courant que le Lightning manquait de liquidités à ce moment-là, et savait donc que la formation floridienne ne pouvait pas égaliser cette offre. C’était des sommes énormes pour l’époque.

La tentative d’arnaque de Phil Esposito

Le président et directeur général du Lightning était alors l’ancien joueur vedette de la LNH, Phil Esposito. Il a constaté rapidement qu’effectivement, sa formation ne pourrait jamais obtenir la somme de 9 millions $ pour couvrir le bonus de signature de l’offre des Flyers.
Il décida alors de sortir un autre truc de sa manche.

Esposito proteste et demande à la ligue de refuser ce contrat, en argüant que les Flyers n’ont pas respecté un règlement de la ligue qui exigeait qu’ils envoient au Lightning une copie complète et lisible de l’offre hostile. Esposito prétend que la copie envoyée par fax à la formation floridienne était trop barbouillée et floue pour être capable de la lire.

Plusieurs heures après avoir reçu la copie de l’offre hostile des Flyers, Esposito échange les droits de Chris Gratton aux Blackhawks en retour d’Ethan Moreau, Keith Carney et Steve Dubinsky. Chicago offrait ce trio au Lightning depuis de nombreuses semaines. Le «ratoureux» DG du Lightning décide donc d’accepter l’offre des Hawks, sans les aviser que Philadelphie a déjà signé Gratton avec une offre hostile, ce qui n’avait pas encore été annoncé publiquement par la ligue. Esposito s’est défendu plus tard en prétendant que l’échange avec Chicago avait été effectué environ 30 minutes avant de recevoir le fax des Flyers. La confusion devint alors totale et la LNH décide d’enquêter.

Le 15 août 1997, 11 jours après l’offre hostile des Flyers, la ligue décide que les Flyers ont respecté toutes les demandes obligatoires pour rendre le contrat valide. Si vraiment la copie du fax envoyée au Lightning était illisible, c’était la responsabilité de Tampa Bay de demander rapidement une copie plus claire.

La transaction avec Chicago devient donc invalide, car la ligue ne peut trouver aucune preuve qu’elle a été vraiment effectuée avant l’offre hostile des Flyers.
Le résultat de cette décision fait que le Lightning a maintenant 7 jours pour trouver le bonus de
9 millions et égaliser l’offre des Flyers.

La transaction avec les Flyers

Phil Esposito prétend publiquement que le Lightning a maintenant les 9 millions. Bien que toute la planète hockey est sceptique à propos de cet énoncé, le président des Flyers, Ed Snider, ordonne à Bobby Clarke de régler le tout avec une transaction pour être certain que le Lightning n’égalise pas l’offre des Flyers. Le 21 août, ils trouvent finalement un terrain d’entente.
Tampa Bay accepte de ne pas égaliser l’offre hostile des Flyers. Ils obtiennent alors de la part de ceux-ci leur choix de première ronde de 1998, 1999, 2000 et 2001. Toutefois, ces 4 premiers choix seront retournés immédiatement aux Flyers qui enverront en retour l’ailier droit Mikael Renberg et du défenseur Karl Dykhuis.

On a jamais compris, pourquoi Phil Esposito a tenté de tromper le système en effectuant une transaction avec les Blackhawks, ni pourquoi ils ont accepté la transaction des Flyers au lieu de prendre les 4 choix de premières rondes qui étaient vraiment le meilleur prix qu’il pouvait obtenir pour son jeune joueur de centre. Il faudrait poser la question à Phil Esposito, si on le croise un jour.

Chris Gratton fut décevant

Chris Gratton ne connut pas du tout le succès qu’espéraient les dirigeants et les partisans des Flyers. Bien que Gratton fit de son mieux pour être accepté par ses nouveaux coéquipiers, sa présence créait beaucoup de tension dans le vestiaire. Plusieurs joueurs des Flyers étaient jaloux de son énorme bonus de signature pour l’époque, alors que d’autres étaient déçus de voir partir Mikael Renberg qui était un vétéran très apprécié.
Gratton obtiendra tout de même encore une fois 62 points en 82 matchs avec cette fois-ci 149 minutes de pénalité.
L’année suivante, il ne joue que 26 matchs avec les Flyers, obtenant une maigre récolte d’un but et 7 passes. Bobby Clarke décide donc de le retourner au Lightning, en compagnie de Mike Sillinger encontre les services de Mikael Renberg et Daymond Langkow, réparant ainsi quelque peu les pots cassés.
Chris Gratton va par la suite disputer 10 autres saisons dans la LNH en ne marquant jamais plus que 15 buts et en n’obtenant jamais plus que 40 points. On peut dire que si sa carrière dans la LNH fut plus longue que celle de Dustin Penner, sa contribution offensive fut toutefois encore plus décevante que celle de l’ancien des Ducks.

Kotkaniemi va gagner autant que 2 des 8 meilleurs marqueurs de la LNH

Comme on peut le constater, accorder un immense salaire à un jeune joueur par une offre hostile n’a pas vraiment été payant pour les équipes qui ont réussi le coup précédemment. Pourtant, les Hurricanes l’ont quand même fait et ont décidé de donner 6 100 100$à l’ancien numéro 15 du CH.

L’augmentation salariale astronomique de Jesperi Kotkaniemi le propulse subitement parmi quelques joueurs vedettes qui sont très bien payés…et qui ont une bien meilleure fiche que lui.
En effet, RDS a publié quelques salaires comparables avec celui de «KK»…et c’est totalement aberrant de le voir se retrouver parmi ces joueurs. Voyez le tout ici:


Donc comme on peut le constater, Kotkaniemi va gagner presque autant que Nathan Mackinnon et Brad Marchand. Comme si cela n’est pas suffisant, il va devenir mieux payé qu’Aleksander Barkov (13e meilleur marqueur en 2020-21 avec 58 points en 50 parties) et que Mikka Zibanejad qui a connu un début de saison difficile ,mais a finalement terminé avec 50 points en 56 parties. Rappelons que la saison précédente, Zibanejad avait obtenu 75 points en 57 parties. Un point de plus que ce qu’il a avait obtenu en 82 matchs lors de la saison 2018-19.

Une idée insensée du propriétaire des Hurricanes..qui n’est pas la faute de Kotkaniemi

Certains partisans des Canadiens fustigent Jesperi Kotkaniemi sur les réseaux sociaux pour avoir accepté cette offre des Hurricanes.

Si les partisans des Canadiens cherchent une cible pour la perte de «KK», ils doivent plutôt regarder du côté du propriétaire des Hurricanes, Tom Dundon, qui est l’instigateur de cette offre insensée qui positionne Jesperi Kotkaniemi avec un salaire parmi les attaquants les mieux payés de la ligue, alors qu’il n’a toujours pas fait les preuves qu’il appartient à cette élite.
On ne sait pas quel joueur deviendra Jesperi Kotkaniemi, mais bon il peut difficilement faire pire offensivement que Chris Gratton. Toutefois, c’est complètement ridicule de le voir gagner presque autant que des vedettes établies et qui terminent régulièrement dans les 10 meilleurs marqueurs comme c’est le cas de Nathan Mackinnon et Brad Marchand. Les Hurricanes ont vraiment fait une offre démesurée, comme le mentionnait si bien Marc Bergevin.
L’avenir dira si c’est un bon geste de leur part.

Crédit photo d’entête : RDS et RDT Hockey
Crédit photos : Jeff Vinnick/Getty Images et Raw charge