Souvenir du CH : l’incroyable repêchage des Canadiens en 1984
Daniel Vanier
Le repêchage 2022 aura lieu au Centre Bell de Montréal. La première ronde sera présentée le 7 juillet et les rondes 2 à 7, le 8 juillet. Les Canadiens de Montréal sont en excellente posture avec, non seulement le premier choix au total de cet encan, mais aussi le 26e. C’est la 1ere fois depuis 1980 que le CH à l’incommensurable chance d’avoir le tout premier choix. Ils avaient alors au final commis une erreur en jetant leur dévolu sur le centre Doug Wickenheiser. Toutefois, c’était une erreur qui aurait été commise par une grande majorité d’équipes cette année-là. Le Tricolore avait quand même repêché de nombreux joueurs qui avaient été fort utiles à l’équipe. John Chabot en 2e ronde avec le 40e choix au total, ne fut pas un mauvais choix. Tout comme le défenseur Craig Ludwig en 3e ronde avec le 61e choix au total. Mike McPhee, repêché en 6e ronde (124e au total) et le gardien Steve Penney repêché aussi loin qu’en 8e ronde (166e au total) furent de très bons choix. Cependant, l’erreur commise avec le premier choix au total fut très coûteuse pour la formation montréalaise. Cette année, le CH pourrait changer l’avenir de la concession avec un repêchage profitable. Il ne faudrait pas s’inspirer du repêchage de 1980, mais bien d’un autre repêchage qui fut très profitable aux Canadiens de Montréal et qui avait lui aussi eu lieu à Montréal : celui de 1984.
Le repêchage de 1984
En 1984, les Canadiens possédaient 2 choix de 1ere ronde : les 5e et 8e au total. Ils avaient ensuite le 29e au total en 2e ronde et aussi le 51e au total en 3e ronde. Le moins qu’on puisse dire est que le CH allait viser juste avec ces 4 choix, car ils allaient mettre la main sur un défenseur de 1ere ligne, un attaquant robuste top 6, un marqueur de 50 buts ainsi qu’un gardien numéro un qui deviendra un des meilleurs de tous les temps de la LNH. Regardons cela d’un peu plus près.
Petr Svoboda

Loirs de ce fameux repêchage de 1984, 2 évènements marquants se sont produits. Le premier choix au total de cet encan fut le centre Mario Lemieux, sélectionné par les Penguins de Pittsburgh. Ce n’était pas une surprise, mais Lemieux allait déjà faire parler de lui avec un geste audacieux. Le natif de Montréal était présent au Forum. Toutefois, il n’avait pas daigné endosser son nouveau chandail pour des fins de négociations de contrat.
L’autre coup d’éclat allait être posé par les Canadiens de Montréal. Petr Svoboda, était un talentueux et frêle défenseur de la Tchécoslovaquie. Au cours de l’été 1984, il joue avec l’équipe des moins de 18 ans tchécoslovaque qui se déroule en Allemagne. Il décide de quitter l’équipe à la fin d’un match pour aller se réfugier chez sa tante puis d’aller en Amérique du Nord. Le DG du CH de l’époque, Serge Savard était le seul à connaître cette précieuse information. Il a organisé son arrivée à Montréal à temps pour le repêchage. Svoboda est demeuré caché dans les coulisses de l’amphithéâtre jusqu’au moment où le Canadien a prononcé son nom au cinquième rang, à la complète stupéfaction des autres clubs de la LNH. Il faut dire qu’à l’époque pour certains observateurs, Svoboda était le meilleur espoir après Mario Lemieux. Mais, on était encore en pleine guerre froide et la Tchécoslovaquie était sous le joug communiste. Ce choix était donc considéré comme un coup de maître de la part des Canadiens de Montréal.
Petr Svoboda ne devint jamais la grande vedette escomptée. Il a toutefois connu une belle carrière. Le natif de Mostl devint le premier tchèque à avoir joué au moins 1 000 matchs dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Au cours de sa carrière de 18 saisons dans la LNH, Svoboda porte l’uniforme des Canadiens de Montréal, des Sabres de Buffalo, des Flyers de Philadelphie et du Lightning de Tampa Bay. Il remporte la Coupe Stanley avec les Canadiens en 1986. Svoboda s’est aussi démarqué au niveau international. Il participe aux Jeux olympiques d’hiver de 1998 au Japon, où il marque le but gagnant de la finale, permettant à l’équipe tchèque de remporter la médaille d’or. Il a finalement pris sa retraite en 2001.
Shayne Corson

Trois rangs plus tard, Serge Savard et son directeur du recrutement de l’époque, André Boudrias, repêchaient un joueur en qui il voyait la solution à bien des problèmes à Montréal. En effet, avec ce 8e choix le Tricolore allait jeter son dévolu sur le robuste attaquant Shayne Corson, grâce à un choix acquis en retour de Rick Wamsley et de choix de deuxième et troisième ronde. Corson avait amassé 71 points en 66 matchs à sa première saison à Brantford dans la Ligue junior majeure de l’Ontario dont 25 buts. Il ne faut pas oublier que ces 71 points étaient accompagnés de…165 minutes de pénalité. Après cette 1ere saison avec les Alexanders, Corson va se retrouver avec les Steelhawks d’Hamilton, toujours dans la OHL, où il va connaître des saisons de 90 et 98 points tout en accumulant chaque fois plus de 150 minutes de pénalité. Il va sans dire que les attentes envers lui de la part des partisans du CH devenaient très hautes. Ils avaient hâte de voir cet attaquant de puissance endosser l’uniforme Tricolore. Corson va disputer 3 matchs directement dans la LNH après son séjour chez les juniors terminé, évitant le traditionnel passage dans la Ligue Américaine. Il n’obtiendra aucun point 2 minutes de pénalités et un différentiel de -3 lors de ce premier passage dans la grande ligue. La saison suivante, en 1986-87, il va commencer à démontrer ses vraies couleurs avec une production de 12 buts et 11 passes ainsi que 144 minutes de pénalité. Shayne Corson ne fut pas un joueur vedette, mais il fut tout de même fort utile aux Canadiens de Montréal en connaissant plusieurs saisons de 50 points et même une de 75 tout en accumulant chaque fois plus de 100 minutes de pénalité. Il avait toutefois un sérieux problème de discipline et s’est retrouvé souvent avec des ennuis avec la justice pour des bagarres dans les bars. L’ancien entraîneur Pat Burns en avait eu assez un moment donné et avait dit cette célèbre phrase aux journalistes « Corson…. qu’il mange de la M.. e ! » Il aura obtenu un total de 693 points ainsi que 2357 minutes de pénalité en 1156 matchs dans la LNH. Ce fut un bon choix de la part des Canadiens de Montréal.
Stéphane Richer

Avec le 29e choix au total en 2e ronde, les Canadiens vont cette fois-ci aller piger dans la LHJMQ. Ils vont jeter leur dévolu sur un ailier gauche des Bisons de Granby qui avait connu une très bonne saison avec 39 buts et 37 passes pour 76 points en 67 matchs : Stéphane Richer. Richer va être plus tard échangé aux Saguenéens, où il continuera son bon travail offensif. Une fois son stage dans le junior terminé, le natif de Buckingham va se retrouver dans la Ligue Américaine lors de la saison 1984-1985 et va remporter la Coupe Calder en 1985 avec les Canadiens de Sherbrooke. Il va aussi disputer son 1er match dans la LNH avec les Canadiens et n’obtiendra aucun point. La saison suivante, il connaîtra un bon départ avec 21 buts et 16 passes pour 37 points en 65 parties jouées.
Lors de la saison 1987-1988, Stéphane Richer va accomplir tout un exploit en devenant le premier joueur des Canadiens à marquer 50 buts en une saison depuis Guy Lafleur dans les années 1970 et Pierre Larouche en 1980, mais l’année suivante, sa production chute à 25 buts. Il va toutefois se replacer en 1989-1990. Il marque 51 buts et ajoute 40 passes pour 91 points en 75 matchs. Malheureusment , Richer a de la difficulté avec la constance. Il va retomber à 31 buts la saison suivante. Ses performances inégales incitent la direction des Canadiens à l’échanger aux Devils du New Jersey en compagnie de Tom Chorske en retour de Kirk Muller et Roland Melanson. .
En 1 054 parties de saison régulière dans la LNH, il marque 421 buts et récolte 398 assistances, pour un total de 819 points. Il porte successivement les couleurs des Canadiens de Montréal, des Devils du New Jersey, du Lightning de Tampa Bay, des Blues de Saint-Louis et des Penguins de Pittsburgh. Il remporte la Coupe Stanley avec les Canadiens de Montréal en 1986 et les Devils du New Jersey en 1995. On peut donc dire que Stéphane Richer, tout comme Svoboda et Corson qui l’ont devancé, fut lui aussi un très bon choix de la part du Tricolore.
Patrick Roy

Les Canadiens ont donc visé juste avec leurs 3 premiers choix du repêchage de 1984. Toutefois, avec leur choix de 3e ronde, ils vont littéralement décrocher le gros en jetant leur dévolu sur un gardien maigrichon et obscur à l’époque qui avait été bombardé toute la saison avec les Bisons de Granby… u y un dénommé Patrick Roy. Le gardien natif de Québec n’avait pas des statistiques impressionnantes. Il avait une moyenne de buts accordée de 4.44 en 61 matchs disputés. C’était toutefois mieux que la saison précédente alors qu’il avait terminé avec une ronflante moyenne de buts accordés de 6.25 en 54 parties jouées. Toutefois, les recruteurs des Canadiens avaient constaté que ces moyennes de buts accordés étaient dû aux bombardements en règle que Roy subissait pratiquement à chaque match des Bisons. Ils avaient décelé un gardien de caractère et talentueux qui possédait déjà une très bonne « techique du papillon ». Ils ont donc décidé de prendre une chance avec lui en 3e ronde. Un choix qui en avait surpris plusieurs à l’époque, mais qu’ils n’ont jamais regretté.
En effet, un plus tard, à la surprise de tous, Roy fait ses débuts professionnels en aidant le club-école du Canadien de l’époque, les Canadiens de Sherbrooke, à remporter le championnat de la Ligue américaine de hockey, la Coupe Calder.
Les Canadiens annoncent après cette belle conquête que Patrick Roy fera partie de la grande équipe la saison prochaine. Il aura donc beaucoup de pression sur son dos, mais Roy démontre qu’il carbure justement à la pression. Il relève admirablement le défi avec une belle fiche de 23 victoires en 47 parties disputées en continuant d’étonner les observateurs de la planète hockey. Il n’aura pas fini de les épater, car il va connaître des séries éliminatoires encore plus spectaculaires et mener, de façon magistrale, les Canadiens à la victoire de la Coupe Stanley. Il obtiendra alors le trophée Conn- Smythe honorant le joueur le plus utile en séries éliminatoires. Il va en remporter 2 autres au cours de sa carrière et avec ces 3 victoires du Conn-Smythe, il établit ainsi un autre record en devenant le joueur à l’obtenir le plus souvent.
Au cours de sa carrière, Patrick Roy a donc gagné deux coupes Stanley avec le Canadien et deux autres avec l’Avalanche pour un total de quatre coupes Stanley. Il a aussi gagné trois fois le trophée Vézina et trois trophées Conn-Smythe.
Le 28 juin 2006, Patrick Roy a été sélectionné pour être intronisé au temple de la renommée du hockey. Son intronisation a eu lieu le 13 novembre 2006 lors d’une cérémonie au Centre Air Canada.
Pas mal du tout pour un choix de 3e ronde (51e au total) n’est-ce pas ?
La Coupe de 1986

3 des 4 joueurs repêchés en 1984 ont eu un impact des plus importants sur la conquête de la Coupe de 1986. Shayne Corson, fut pour sa part blessé. Patrick Roy fut sans contredit celui qui a eu le plus gros impact, car il a même remporté le Conn Smythe remis au joueur le plus utile des séries éliminatoires avec une incroyable moyenne de buts accordé de 1.93 en séries. C’est donc ce qu’on appelle un repêchage qui a un impact direct. En fait, il y avait un total de 8 joueurs recrues cette année-là. Le CH était aussi dirigé par un entraîneur recrue en la personne de Jean Perron. Montréal avait connu une saison en dent de scie et rien ne laissait présager qu’ils allaient faire long feu en séries éliminatoires cette saison-là. En fin de saison, Jean Perron arrêtera son choix sur Patrick Roy comme gardien numéro un. L’entraîneur aura jonglé toute l’année avec ses trois gardiens, mais le choix du jeune gardien de tout juste 20 ans s’avèrera judicieux.
Puis, en séries éliminatoires, les vétérans et recrues s’unissent pour une victoire inespérée
Le Canadien qui n’avait inscrit que 87 points en saison régulière, fait son entrée en série avec 12 recrues au sein de sa formation. Parmi les 4 jeunes qui s’ajoutent aux 9 premiers, on retrouve Claude Lemieux qui, arrivé en fin de saison a inspiré son équipe par son jeu robuste.
C’est vraiment lors des séries que la chimie se développe et que les anciens et jeunes joueurs mettent de côté leurs différends qui avaient eu lieu à maintes reprises au cours de la saison, pour atteindre le sommet. Ce fut une belle histoire et les jeunes joueurs repêchés en 1984 en ont inscrit les plus beaux chapîtres.
La Coupe Stanley de 1993

Le repêchage de 1984 va aussi avoir un impact important sur la conquête suivante qui a eu lieu… 7 ans plus tard ! Patrick Roy va jouer encore une fois un grand rôle. Toutefois, d’une façon peut-être moins directe, 2 autres joueurs de ce repêchage ont eu une grande utilité, mais en quittant Montréal pour apporter aux Canadiens de l’aide qui était nécessaire à cette seconde conquête. Une conquête qui fut spectaculaire, car les Canadiens enregistrent un record de la LNH en remportant dix matchs de suite en prolongation, dont trois lors de la finale. Patrick Roy multiplie les arrêts spectaculaires, notamment aux dépens de Tomas Sandstrom des Kings de Los Angeles en finale. Roy lui sert d’ailleurs un clin d’œil qui est capté par un caméraman de Radio-Canada. Une image qui vaut mille mots. John LeClair va aussi connaître de grandes séries et fermera à nouveau les livres en prolongation. Il devient le premier joueur depuis Maurice Richard en 1951 à marquer en prolongation dans deux matchs consécutifs en séries éliminatoires.
Kirk Muller

En effet, le 20 septembre 1991, Serge Savard va effectuer une transaction très importante en mettant la main sur un grand leader capable de produire offensivement : Kirk Muller. Il obtient aussi un bon gardien réserviste en Rollie Melanson. En retour, Savard envoie aux Devils les attaquants Tom Chorske et Stephane Richer. Muller sera un des plus grands meneurs lors de cette 24e conquête des Canadiens de Montréal.
Vincent Damphousse

Le 27 aout 1992, Serge Savard réussit un autre coup de maître en mettant la main sur l’excellent joueur de centre des Oilers d’Edmonton, Vincent Damphousse, avec en prime un choix de 4e ronde (avec ce choix, le CH va toutefois repêcher le défenseur Adam Wiesel qui ne disputera jamais un match dans la LNH). En retour, Savard a déboursé Shayne Corson, Brent Gilchrist et Vladimir Vujtek. Ce fut une transaction vraiment à l’avantage de Montréal, car Damphousse va donner 3 saisons de plus de 90 points et une de plus de 80 points lors de son passage de 7 saisons à Montréal. Il fut aussi un excellent leader et , tout comme Kirk Muller, deviendra lui aussi, éventuellement, capitaine des Canadiens
Un repêchage qui a rapporté 2 coupes
L’excellent travail des Canadiens lors du repêchage de 1984 aura donc rapporté 2 Coupes Stanley à l’organisation montréalaise. Les joueurs repêchés en 1984 ont eu un impact direct sur la conquête de la Coupe Stanley de 1986. Par la suite, le retour très important obtenu pou deux d’entre eux (Shayne Corson et Stéphane Richer) aura aussi permis à la formation montréalaise d’obtenir une autre Coupe Stanley en 1993.
Luc Robitaille… en 9e ronde !

Les Canadiens avaient sans aucun doute été l’une des équipes qui avaient effectué le meilleur repêchage cette année-là. Toutefois, il faut souligner le coup de circuit des Kings de Los Angeles avec l’incroyable sélection de l’ailier gauche Luc Robitaille en 9e ronde avec le …171e choix ! Imaginez ! Le montréalais a obtenu 1394 points en 1431 matchs dans la LNH. Il fut choisi parmi les 100 meilleurs joueurs de la LNH de l’histoire et est un membre du temple de la renommée du hockey. Toute une sélection par les Kings !.
Le repêchage de 1984 aura donc changé vraiment l’histoire de cette concession. Évidemment, il n’est pas dit que, bien qu’ils soient en excellente position, les Canadiens vont réussir le même fait d’armes en 2022. Toutefois, ce texte démontre bien que lorsqu’un repêchage est bien réussi, cela peut mener une équipe très loin!
Crédits photos du texte : Petr Svoboda: Shayne Corson : You Tube, Stéphane Richer: You Tube, Patrick Roy : Balle Courbe, Coupe 1986: RDS, Coupe 1993: Le Soleil : Vincent Damphousse:, Kirk Muller : Marqueur.com, Luc Robitaille :
Crédit photo d’en-tête: BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE
Sources : -«L’extraordinaire cuvée 1984», Mathias Brunet, La Presse.
-Wikipedia
