Le doigt d’honneur de Samuel Richard aux haters
Guillaume Arcand
Vous savez ce qui est pire que d’avoir des milliers de «haters», qui s’avèrent être des amateurs, qui vous envoient, chaque jour, des messages de haine?
C’est d’avoir quelques «haters»… mais des «haters» qui occupent des postes d’une importance capitale dans des organisations réputées de hockey. Parlez-en au gardien des Huskies de Rouyn-Noranda Samuel Richard. Lui, il l’a vécue, cette réalité, dans la LHJMQ.
Début de carrière
En 2018-19, après une bonne saison avec les Élite de Jonquière, il était prêt, comme tout bon gardien de 17 ans, à faire le saut. Cependant, jouant pour les Huskies, c’était une tâche ardue de faire l’équipe, alors que son équipe pouvait compter sur le meilleur duo de gardien de la LHJMQ (Samuel Harvey et Zachary Émond).
Voyant qu’il ne fait pas partie des plans de son club pour cette saison-là, n’importe quel club aurait pu en faire l’acquisition à un prix moindre.

Pourtant, pas un club n’a tenté sa chance. Pas un seul. Nope!
Pourtant, ce n’est comme si les gardiens n’étaient pas en demande à l’aube de la saison 2018-19! Des noms comme William Grimard, Philippe Gaudreault et Logan Timmons ont tous changé d’adresse (pour ne nommer que les jeunes…). Et Grimard, c’était pour un prix élevé!
Le mot est bien choisi. Des« haters.» On parle de DG qui ont refusé de croire en Richard. Ce message flagrant de la part de la plupart des DG de la LHJMQ est pas mal plus fort que quelques messages du genre: «gros dégueulasse»’ ou «espèce de pourri je souhaite que tu te fasses échanger» qu’envoient certains amateurs.
Et ne croyez pas que la cause derrière ça est que Rouyn-Noranda a été trop gourmand par rapport à ses demandes pour son portier. Car l’année suivante, on a presque jeté Richard aux poubelles comme si c’était une vieille pelure de banane moisie.
En 2019-20, la route était pavée pour la LHJMQ dans le cas de Richard, alors que Samuel Harvey avait fini son stage junior. Le poste d’adjoint de Zachary Émond était vacant.
Mais on n’allait pas faire confiance à Richard, jamais! À la place, à Rouyn-Noranda, on a sacrifié un beau choix de 3e tour pour aller chercher Kevyn Brassard, démontrant bien que Richard ne faisait pas partie des plans de l’équipe.
Et vous savez quoi? En tant qu’adjoint à Émond, Richard a joué plus de minutes, en plus d’avoir affiché un pourcentage d’arrêts bien meilleur que Brassard, son compétiteur (,932 contre ,859).
Pas pire du tout pour un gardien qui n’était même pas de l’alignement en début de saison!
Comme des travaux de papier mâché
Enfin! Malgré le grand retour d’Émond comme 20 ans, qui a été échangé ensuite aux fêtes, Richard a pu participer à 27 des 40 matchs joués par la formation de l’Abitibi.
Il a joué, en 2020-21, 3 fois plus de matchs qu’en 2018-19 et en 2019-20. Et ce, en étant presque, encore une fois, que le 3e gardien de son organisation, en plus de devoir compétitionner avec un espoir de la LNH. Ce n’est pas peu dire.
À 19 ans, il a enfin eu une vraie de vraie chance. Et il l’a bien saisie, comme d’habitude.

2020-21 a été synonyme d’une saison où Richard a commencé métaphoriquement un beau travail de construction d’un doigt d’honneur en papier mâché dédié à tous ceux qui n’ont pas cru en lui.
Et en 2021-22, il a poursuivi ce travail de papier mâché en continuant de bien garder les buts, étant un des meilleurs gardiens du circuit Courteau en plus de transporter son équipe sur son dos. C’est un beau contraste par rapport à ce qu’on s’attendait de lui par les années passées, pas vrai?
Et pourquoi je dis que tout faire cela est l’équivalent de construire un énorme doigt d’honneur en papier mâché, aussi absurde que ça puisse paraître? Car faire n’importe quoi en papier mâché, c’est facile. Tout comme cela a été facile, pour Richard, de faire paraître les gens ne croyant pas qu’il pouvait être ce qu’il est aujourd’hui pour des cons. Littéralement.
Des «avants-gardistes»
Il y a sûrement bien des gens qui ont cru en Richard et qui ont même prédit ce revirement de situation dans son cas. Ce n’est pas le premier ni le dernier, très bon gardien dans la LHJMQ à avoir un tel développement, qui est autant spectaculaire que tardif et rapide.
Rappelez-vous d’Émile Samson et de Mathieu Marquis, qui ont fait exciter une bonne partie de la planète de hockey junior pendant leur parcours dans la plus grosse ligue junior au Québec.
Même si on parle d’une possible aventure professionnelle dans le cas de Richard dès l’an prochain alors qu’il y a 2 ans, il n’était même pas un régulier dans la LHJMQ, son chemin parcouru n’est pas si atypique.
Reste que des obstacles et des gens ne croyant pas en lui, une fois arrivé dans le monde professionnel, le portier de 20 ans va encore en rencontrer.
Mais ne vous inquiétez pas! Les doutes, ce qu’il va en faire, c’est de les prendre, les rouler bien serrés et en faire un beau travail de papier mâché, comme d’habitude. On peut l’affirmer en toute assurance.
Et pour l’affirmer, on n’a pas besoin, encore une fois, d’être un avant-gardiste.
Crédit photo: iHeartRadio, Huskies de Rouyn-Noranda, NHL.com
