Ron Francis nous prend pour des valises


 

Guillaume Arcand

Vous vous souvenez du tour de force que George McPhee a réussi en 2017 en tant que GM des Golden Knights lors du repêchage d’expansion quelque peu allégé pour la nouvelle équipe? On en voit encore les effets sur l’équipe du Nevada qui profite des joueurs/éléments acquis à ce moment-là.

4 ans plus tard, Ron Francis a voulu faire la même chose… attendez, non. Qu’est-ce que je dis là? Comment quelqu’un qui a autant échoué dans ses fausses prises de risques et ses décisions mal calculées peut avoir une once d’ambition?

Soit que Ron Francis connaît un excellent magasin de cannabis au Canada (après tout, Seattle n’est qu’à quelques km au sud du pays) et qu’il ne peut plus se passer de cette magnifique substance, ou bien, il a tenté un genre de stratégie (si on peut appeler ça comme ça…) en se disant qu’il avait l’argument maître pour se défendre des critiques et ainsi, faire comme si nous étions tous de beaux demeurés pour se donner raison de tenter une telle chose qui n’a pas fonctionné.

Voué à l’échec

Savez-vous que les agents libres sans compensation s’agit d’un concept où l’agent libre est libre comme l’air et peut signer n’importe où, et que l’équipe qui va le chercher n’a pas rien à donner en retour en terme de choix/espoirs ou autres, mais doit toutefois possiblement surpayer ce même joueur?

Si vous répondez oui à cette question, félicitations, vous avez presque plus d’habiletés à diriger une équipe de la LNH que celui qui est actuellement DG chez le Kraken de Seattle!

Francis pouvait sélectionner Jakub Voracek, Carey Price, Vladimir Tarasenko, Matt Duchene et Max Domi, exactement comme s’il les avait signés en tant qu’agent libre, avec le contrat qu’ils ont actuellement. Il a préféré dire «non» à ces gros contrats, ce qui est quand même un gros risque à la base, pour aller signer des agents libres au nom de, tenez-vous bien… Alex Wennberg, Marcus Johansson, Adam Larsson, Jaden Schwartz et Philipp Grubauer!

Cette stratégie aurait eu un peu de sens si l’ex DG des Hurricanes avait demandé des compensations. Même s’il n’avait aucune, et je dis bien aucune, intention de les prendre, il aurait pu profiter de la situation pour quand même demander un petit quelque chose pour assurer aux autres DG qu’ils ne perdront pas leurs joueurs vedettes.

Si vous êtes facilement capable de comprendre ça, ça fait maintenant deux choses que vous êtes plus en mesure de comprendre que notre cher Ron Francis.

Parce que là, on a tenté la chasse aux agents libres. Ça n’a pas fonctionné. Et puis après, c’est quoi le plan de rechange? Non-seulement ce club n’est franchement pas très beau sur la glace (je m’en fou si c’est divertissant les voir jouer. On veut assembler un club de hockey ici, pas un club de lutte!), mais l’avenir n’est pas garant de bonnes choses également.

Et puis, la preuve qu’à Seattle, on voulait un bon club sur le court terme: on a pigé dans le sac à coach pour tenter d’être compétitif dès 2021-22! À la place d’engager un jeune entraîneur qui aurait grandi avec les jeunes, un peu comme DJ Smith à Ottawa, on va mettre la main sur Dave Hackstol pour des raisons qui m’échappent…

Les valises de Seattle!

Ron Francis a tourné le dos à Price, Voracek et Tarasenko. On le sait tous. Mais sa gestion pitoyable, ça ne découle pas seulement, loin de là.

Francis ne voulait pas de hauts salariés. Alors pourquoi passer par-dessus Oliver Kylingston pour sélectionner Mark Giordano et ses 6,75 millions? C’est tous les deux des défenseurs gauches et Kylingston est bien plus jeune.

Et puis, il prend le gros contrat à Brandon Tanev quand Evan Rodrigues était disponible à Pittsburgh. Vous allez me dire:  »oui, mais Francis ne pouvait pas savoir ». C’est faux. Il voulait prendre des chances avec des joueurs apparemment  »oubliés ». Il avait une belle occasion de le faire ici.

Et puis, toujours sur cette idée de ne pas prendre de gros contrats, ok, je peux comprendre qu’à Columbus, le contrat de Domi et l’année qui restait était PEUT-ÊTRE peu tentant, mais ça en valait la peine de passer à côté de lui pour repêcher un joueur qui est RETOURNÉ à Columbus… 8 jours plus tard?! Rappel: Seattle n’a pas reçu aucune compensation.

Dommage, car si j’étais GM, j’aurais planifié un échange pour lui en donner une, simplement par pure pitié.

Même chose avec les Devils. On prend Nathan Bastian, on le met au ballotage, et les Devils le récupèrent (comme si personne ne l’a vu venir), et il joue son présentement son meilleur hockey à vie cette année avec les Devils!

Toujours dans la catégorie des joueurs qui sont revenus dans leur équipe pré-draft d’expansion après avoir été repêché par Seattle, on a Vitek Vanecek, qui a été échangé, et donc retourné, à Washington, pour un choix de 2ème tour.

Ce qui est drôle là-dedans? Brendan Dillon était disponible et a été échangé quelques jours plus tard contre 2 choix de 2ème tour. Donc, Seattle aurait pu prendre Dillon à la place de Vanecek, et aller chercher 2 choix de 2ème tour à la place d’un seul!

À Seattle, on sait comment évaluer les joueurs!

Vous voulez que je continue? Allons-y pour un petit dernier. En Caroline, Nino Niedereitter était exposé, mais je peux comprendre Ron Francis de ne pas vouloir s’en approcher, considérant le salaire qu’il gagne (ou bien, peut-être qu’il est jaloux du fait de ce qui l’a amené en Caroline, car le GM qui est venu après lui a réussi un tour de force en allant le chercher contre Victor Rask, donc Francis n’a pas voulu piler sur son ego, mais ça, c’est une autre histoire…).

Mais Jake Bean aussi était dispo. Il a refusé de le prendre pour aller chercher Morgan Geekie. Alors qu’au cours de la dernière saison morte, Bean a signé un contrat totalement acceptable de 3 ans et 7 millions de dollards, l’ex GM de la Caroline a préféré tourner le dos à celui qu’il a repêché au premier tour en 2016 pour construire son flanc gauche en allant donner un contrat de 5 ans et 23 millions de $ à Jamie Oleksiak et aussi en refusant d’ajouter Vladimir Tarasenko afin d’y aller avec Vince Dunn.

Oui oui. C’est bel et bien la réalité et non pas un show de François Bellefeuille.

Un petit irresponsable

C’est ça. Et puis après, Ron Francis va quand même se lancer des fleurs. Pourquoi? Car sa stratégie a marché!

Il a évité des salaires monstrueux pour avoir de la place afin de signer plein d’agent libre! Et il a réussi, car il en a signé, des agents libres. Sortons les confettis…

Et tous ceux qui oseraient contredire sa fabuleuse gestion, c’est parce qu’ils pensent que Francis aurait mieux fait de commencer son équipe avec Price, Voracek et Tarasenko.

Pas pour aucune autre raison.

J’ai des petites nouvelles pour toi, Ron. Malheureusement pour toi, même si tu penses cela, on n’est pas tous des cons.

Et puis, tu sais comment j’appelle ça, un GM qui pense que son délire flagrant va passer inaperçu comme le tiens?

J’appelle ça un GM irresponsable.

Ron Francis est irresponsable.

Voilà c’est dit.

McPhee ou Francis?

Est-ce que ça prend un repêchage d’expansion pour déterminer c’est quoi, un bon GM?

Car celui de 2017 nous a démontré qu’on détestait McPhee presque uniquement pour son échange Forsberg/Erat en 2013. Car il a fait un boulot énormément bon, qui a mené son équipe, les Golden Knights, en finale dès leur première saison (!), et les effets de ce repêchage d’expansion se font encore ressentir aujourd’hui, tel que mentionné plus tôt.

Pour Francis? Je vais essayer de me montrer moins critique si jamais Seattle arrête d’aller absolument nulle part, ce qui ne devrait pas arriver avant un bon bout de temps, à moins d’un gros revirement de situation.

En fait, même que personne ne peut actuellement me convaincre que Francis est un meilleur GM que Don Waddel, malgré tout la grosse histoire d’offres hostiles entre lui et Marc Bergevin qui a eu lieu lors des dernières années.

Crédit photo: Zimbio, Sportsnet, The Hockey Writers