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Ne jetez pas la serviette trop rapidement avec Mattias Norlinder


 

 Daniel Vanier 

Plusieurs partisans des Canadiens de Montréal attendaient avec impatience la venue du défenseur Mattias Norlinder en Amérique du Nord pour le voir faire ses débuts avec les Canadiens. Malheureusement, les choses ne se sont pas très bien déroulées pour le jeune arrière de 22 ans. Il a d’abord subi une blessure au camp d’entraînement du Tricolore. Puis, il a fait ses débuts sous les ordres de Dominique Ducharme, qui, sans vouloir le déprécier, n’était pas le type d’entraîneur qui laissait beaucoup de temps de glace à ses jeunes joueurs, à moins de ne pas avoir le choix. Bref, après un court essai au temps de glace très limité qui ne s’est pas avéré très concluant, il fut retourné en Suède pour y terminer la saison.

Les partisans du CH ont déjà lancé la serviette

Certains partisans des Canadiens de Montréal ont l’humeur très changeante. Ils arrivent qu’ils s’enthousiasment trop rapidement lorsqu’un joueur connaît du succès. On essaie parfois de créer des vedettes trop rapidement. Toutefois, ils peuvent aussi se montrer encore plus rapidement impatients et surtout très durs lorsqu’un joueur ne produit pas selon leurs attentes. Ils vont alors hurler au «bust» ou au «flop» après seulement quelques performances moyennes qui ne répondaient pas à leurs attentes très élevées. Il semble que c’est le cas en ce moment avec Mattias Norlinder. En effet, ils sont très nombreux à qualifier le 3e choix du CH( #64 au total) de 2019 de «flop». Maxime Desroches de RDS a publié récemment son top 20 des meilleurs espoirs des Canadiens de Montréal et comme il le mentionne, «Seule une minorité croit que Mattias Norlinder est un bel espoir:

Seulement 12 matchs d’expérience en Amérique du Nord

On se demande un peu sur quelles bases ces partisans se fient pour qualifier ainsi Norlinder d’échec retentissant. Est-ce sur les matchs qu’ils l’ont vu jouer dans l’organisation des Canadiens de Montréal? Si oui, l’éventail est bien mince, car Norlinder a seulement disputé 6 parties avec les Canadiens de Montréal et 6 parties avec le Rocket de Laval. Le suédois a donc une expertise de seulement 12 parties dans le hockey nord-américain. C’est bien peu pour juger du talent et des aptitudes d’un joueur non? Pourtant…des milliers d’amateurs de hockey le font et le condamnent après ce bref coup d’oeil. Il me semble qu’on devrait donner un peu plus la chance au coureur ici. De plus, bien qu’il n’a pas été dominant, Norlinder a tout de même obtenu une passe en six rencontres avec le Canadien, bien qu’il a été utilisé très sporadiquement par Ducharme. En autant de matchs à Laval, il a ajouté un but et une passe. Ce n’est tout de même pas si mal. Norlinder a ensuite rejoint le Rocket pour les séries éliminatoires. Il était peu utilisé, mais n’a tout de même pas si mal fait avec une mention d’aide en 5 matchs et surtout un différentiel de 0.

Mauvaise gestion de la part du CH ?

Avec le recul, on peut toutefois se demander si la gestion du dossier Norlinder fut adéquate par la direction des Canadiens de Montréal. Il faut se rappeler qu’un peu avant le début de la saison 2021-22, Marc Bergevin avait confié aux journalistes qu’il voyait le défenseur suédois faire partie de la formation partante s’il parvenait à se démarquer lors du camp d’entraînement. Ce ne sont pas tous les joueurs européens qui peuvent s’adapter rapidement au style nord-américain. Mattias Norlinder a avoué lui-même avoir eu des difficultés. Voici ce que disait l’ancien entraîneur du Tricolore, Dominique Ducharme, à ce sujet alors que l’équipe avait pris la décision de le retourner en Suède à la mi-décembre :

«C’est un jeune intelligent. Il voit la différence entre le hockey européen et celui d’ici. C’est surtout le temps et l’espace que tu as pour faire des jeux [qui est différent] et la façon dont l’adversaire met de la pression. Dans la LNH et la Ligue américaine, tu as beaucoup moins de temps».

Apprendre avec le Rocket

Effectivement, Dominique Ducharme avait raison sur ce point. Voilà pourquoi nous croyons que le dossier Norlinder a été mal géré par las Canadiens. On a tout d’abord tenté de le faire monter dans la LNH un peu trop rapidement. Ensuite, il devait jouer sous la gouverne d’un entraîneur qui n’aimait pas tellement faire confiance aux jeunes joueurs et qui leur coupait du temps de glace à la moindre erreur. Voilà pourquoi une saison complète avec le Rocket de Laval devrait aider Norlinder, non seulement à s’adapter au hockey nord-américain, mais aussi à reprendre confiance en lui.

Ne vous attendez donc pas à le voir faire partie de la brigade défensive lors du 1er match des Canadiens la saison prochaine. il sera plus logique de le voir s’adapter au hockey nord-américain en suivant les conseils d’un entraîneur qui semble vraiment avoir une bonne approche avec les jeunes du Rocket en Jean-François Houle.

Norlinder est venu prêter main-forte au Rocket lors des présentes séries éliminatoires de la Ligue Américaine, et bien qu’il a été très peu utilisé, il a tout de même réussi un superbe jeu en défensive :

Cela commençait donc à devenir un peu plus encourageant. Malheureusement, Mattias Norlinder a été victime d’un coup salaud de la part de Ben Holmstrom( un joueur de 35 ans qui a disputé un grand total de 7 matchs en carrière dans la LNH et qu’on ne verra probablement plus jamais dans cette ligue!) avec 5 secondes à faire au match et n’a pu endosser l’uniforme pour le 2e match de la série contre Rochester :

Vous pouvez voir cette mise en échec vicieuse ici :

Des bons mots de la part de Jean-François Houle

Le jeune homme semble vouloir faire les efforts pour s’améliorer, et ce, dans les deux sens de la patinoire. D’ailleurs Jean-François Houle a souligné ses progrès tout en mentionnant qu’il doit continuer de travailler son jeu défensif :

L’arrière natif de Kramfors manque encore beaucoup d’expérience en ce moment, et c’est sans aucun doute pourquoi Jean-François Houle prend son temps avec lui. Toutefois, s’il continue de démontrer du progrès et surtout d’avoir autant de volonté de bien faire, parions que Houle va lui donner
de plus en plus de temps de glace et toutes les chances de se développer lors de la saison 2022-23 du club-école du CH.

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Un défenseur très talentueux

Le talent de Norlinder demeure tout de même une évidence. En Suède, il a fait écarquiller les yeux des amateurs de hockey à maintes reprises avec son talent offensif et ses mains magiques.

Voici une vidéo pour rafraîchir la mémoire à certains partisans, ou juste simplement pour admirer l’étendue de son talent :

Maxime Desroches a classé Mattias Norlinder au 6e rang des meilleurs espoirs du CH derrière les défenseurs Kaiden Guhle, Justin Barron, Jordan Harris, Logan Mailloux et l’ailier gauche Sean Farrel. Certains partisans des Canadiens disent qu’il aurait dû être classé plus bas et que les défenseurs Arber Xhekaj et Jayden Struble l’auraient aussi dépassé dans la hiérarchie des espoirs en défensive du Tricolore. L’auteur de ces lignes ne croit pas que ce soit le cas. Cela démontre toutefois qu’il y a beaucoup de profondeur du côté des espoirs chez les défenseurs pour le Tricolore.
Voici le tableau du top 10 de Maxime Desroches. Notez que Desroches classe Arber Xhekaj au 16e rang et Jayden Struble au 12e :

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Ne pas commettre l’erreur commise avec Jyrke Lumme une nouvelle fois

Le cas de Mattias Norlinder me rappelle beaucoup celui d’un ancien défenseur repêché par le CH en 3e ronde (57e au total ) lors du repêchage de 1986 : Jyrke Lumme. L’arrière finlandais avait disputé 21 matchs avec les Canadiens lors de la saison 1988-89 obtenant 1 but et 3 passes. La saison suivante, il a disputé 51 parties obtenant un but et 19 passes et un très bon différentiel de +17. Toutefois, sans qu’on sache trop pourquoi, les dirigeants des Canadiens ont lancé la serviette dans son cas et l’ ont échangé aux Canucks de Vancouver le 6 mars 1990 en retour d’un choix de 2e ronde. Avec ce choix, ils vont sélectionner le centre Craig Darby. La carrière de Lumme a pris son envol avec les Canucks. Il va devenir un des très bons défenseurs offensifs de la LNH avec deux saisons de plus de 40 points et 2 autres de plus de 50 à Vancouver. Le défenseur finlandais s’affirme durant neuf saisons avec les Canucks. Il va ensuite se retrouver pendant 3 autres saisons avec les Coyotes de Phoenix où il connaîtra une autre saison de 40 points avant de se retrouver avec les Stars de Dallas, puis les Maple Leafs de Toronto. Jyrke Lumme va terminer sa carrière avec une fiche de 114 buts et 354 mentions d’aide pour un total de 468 points en 985 matchs. Ce qui est loin d’être mauvais n’est-ce pas ? De son côté Craig Darby a inscrit 56 points (21 buts et 35 passes) en 196 rencontres dans la LNH avec le Canadien, les Islanders, les Flyers et les Devils. Il aura finalement passé la grande majorité de sa carrière dans la Ligue américaine.
Lâcher prise trop rapidement avec Jyrke Lumme fut une décision qui a été amèrement regrettée par les Canadiens de Montréal. Il faudra donc apprendre de cette erreur et, cette fois-ci, sérieusement y penser à 2 fois avant de le faire avec Mattias Norlinder.

À lui de jouer !

Mattias Norlinder n’avait pas beaucoup apprécié son 1er séjour dans la Ligue Américaine. Voici ce qu.il disait à propos de la Ligue Américaine dans une entrevue qu’il avait accordée à Eyes On the Prize il y a environ 5 mois déjà :
«Premièrement, je ne savais même pas que je pouvais jouer dans cette ligue. La première fois, c’était pour du conditionnement, et je comprends ça. Mais le jeu est tellement différent de celui de la LNH, c’est beaucoup plus axé sur le chip-and-run et sur un jeu plus « cassé »

Attention. On ne parle pas ici d’un gars qui se pense trop bon ou qui joue à la primadonna. C’est simplement que Norlinder avait moins l’impression d’apprendre là-bas à ce moment-là.

Il avait d’ailleurs ramené rapidement le sujet sur son passage dans la LNH :

«Je crois que j’ai appris beaucoup. Avant de revenir la saison prochaine, mon jeu physique et ma balance doivent être meilleurs.Je dois aussi apprendre à contrôler le jeu lorsque la glace devient plus petite.»

Norlinder semble donc maintenant savoir mieux ce qu’il doit travailler et encore une fois, il semble plus que disposé à le faire et à suivre les conseils que les entraîneurs du Rocket et des Canadiens vont lui donner. C’est de très bon augure.

L’auteur de ces lignes croit donc que Mattias Norlinder est encore un espoir de très grande qualité. S’il continue de se développer et d’apporter les corrections nécessaires à son jeu, il pourrait devenir un très bon défenseur offensif dans la LNH. Il faut simplement se montrer un peu plus patient dans son cas et le laisser se développer.

Il devra cependant mettre les bouchées doubles et démontrer beaucoup d’ardeur au travail lors de la prochaine saison. Comme nous le mentionnons, les Canadiens possèdent maintenant beaucoup de profondeur chez les jeunes défenseurs. La compétition sera très forte et Mattias Norlinder devra prouver qu’il peut devenir, en premier lieu, un défenseur efficace avec le Rocket. Ensuite, il devra continuer de gravir les échelons pour prouver qu’il peut l’être aussi dans la LNH. Ce sera donc une saison déterminante pour l’arrière de 22 ans.
Oui, il est possible que Mattias Norlinder ne devienne pas le défenseur vedette qu’on espérait. La saison 2022-23 sera pour lui celle qu’on peut décrire par «Ça passe ou ça casse!».

Cependant, avant de crier au« flop». Donnons-lui une véritable chance. Une saison complète avec le Rocket permettra de dissiper les doutes… ou de les confirmer.

La balle sera donc dans le camp de Mattias Norlinder…..à lui de jouer!

Crédit photo : Rocket de Laval


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