Voici à quel point Drouin a manqué au CH en finale



Par Guillaume Arcand

Imaginez deux secondes. Vous avez de sérieux conflits avec les membres de votre organisation. Elle finit par vous échanger pour un jeune. Pendant les 4 ans qui ont suivi votre transaction vous sortant de ce calvaire, tout le monde dit que l’organisation ayant fait votre acquisition a perdu son pari. C’est alors que vous rencontriez cette même formation qui vous a, à vos yeux, traité comme du fumier, dans un moment aussi prestigieux que la finale de la Coupe Stanley. Vous avez enfin la chance de crier au monde entier pourquoi c’est VOTRE organisation qui a gagné l’échange qui vous a fait changer d’adresses il y a quelques saisons, en plus de faire paraître la haute direction de votre ancienne équipe pour des gérants d’estrades!

À quel point êtes-vous motivé?

Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

Un scénario de film québécois

Si Drouin avait pris part à la plus récente série finale de la LNH, ça m’aurait rappelé quelques films ou séries québécoises qu’on a tous déjà visionnés par le passé et qui avaient le hockey comme thème.

On ne peut pas dire qu’il s’agit d’un scénario de film hollywoodien.

Ça manque de cru, de suspense extrême de rebondissements, comme Jay Du Temple adore.

Dans un scénario hollywoodien, le numéro 92 permet au Canadien de gagner la Coupe. Chose qui ne serait pas arrivée dans la mesure du possible où Dominique Ducharme aurait pu compter sur son talentueux compatriote.

Toutefois, la lourde tâche de détrôner les champions en titre, que j’aime beaucoup comparer à l’armée américaine en termes de puissance, aurait été moins colossale si l’ex Moosehead n’était pas forcé de prendre une pause à cause d’une connerie orchestrée collectivement par des quasi-extrémistes.

Dans son cas, l’adrénaline aurait été encore plus présente que le nom de Cole Caufield sur les lèvres des fans du CH entre le 14 et le 24 juin 2021.

Alors qu’il voudrait littéralement casser et déraciner l’équipe lui ayant servi un traitement merdique, sous les yeux de l’entièreté de la planète hockey.

Dans ce scénario digne d’un film de notre belle province, Montréal n’aurait pas autant été malmené au point de perdre par des écarts de 4, 2, 3 et 1 buts.

Pour, en fait, vaincre son adversaire, à une seule occasion, de justesse et de manière désespérée, en prolongation, dans un match où le sentiment d’urgence chez l’autre camp était à des années-lumière d’être autant élevé que si cette même formation disputait un match ultime.

Oh non.

Avec un Drouin dans son «20 partant»’, on aurait pu s’attendre à beaucoup plus de sueurs froides chez le Lightning.

On aurait assisté à deux rencontres qui se seraient terminées en célébrations au Québec, et je parle de 2 victoires convaincantes.

Et non pas juste une petite victoire tellement peu imposante que tout ce qu’on a trouvé pour la rendre spéciale, c’est le plongeon post-but gagnant de Josh Anderson qu’on a aimé comparer à celui d’Alex Kovalev. Ou bien le fait que le peuple québécois a juste tenté de s’accrocher sur cette mince lueur d’espoir, longue de 48h.

L’aide de l’ex-attaquant du Lightning n’aurait pas «seulement» fait en sorte que, le soir du 9 juillet, j’aurais vu les membres de l’équipe basée à Tampa soulever le trophée tour à tour à la place de voir un film où la ville hôte des plus récents champions est détruite en premier par une comète (quelle coïncidence quand même!).

L’énergie et la motivation de Drouin aurait fait qu’en sorte, qu’à lui seul, Tampa aurait gagné au moins 3 joutes où chacun des joueurs se seraient battus avec la même hargne et persévérance que nos vétérans soldats lors de la Seconde Guerre Mondiale en Allemagne.

Et non pas par des écarts de 3 ou 4 filets.

Même s’il s’agit d’un homme très respecté dans le monde du hockey, le temps de près de deux semaines, Julien BriseBois aurait l’air d’un DG moyen.

Steve Yzerman en ferait même des nuits d’insomnie et de cauchemars dans sa résidence à Detroit.

Les commentaires contre les deux hommes de hockey sur les médias sociaux seraient plus nombreux que le nombre de revirements en zone offensive faits par Steven Stamkos durant la (vraie) plus récente bataille pour la Coupe Stanley.

Qui aurait la pression de gagner, pour ne pas faire passer ses patrons et même son organisation pour des pitres et des bouffons auprès de la communauté hockey?

Il est difficile de croire que l’ailier québécois aurait échoué dans de telles circonstances.

Après avoir été le joueur le plus utile de son club, avec Carey Price, Drouin et ses coéquipiers auraient perdu leur bataille.

Mais digne d’un film québécois, cette fin supposée triste aurait été maquillée en fin heureuse, en mettant l’emphase sur le parcours cendrillon de l’équipe et la poussée incroyable face aux puissants champions en titre.

Parcours où un joueur bien connu par la puissante équipe a été dominant, et dont le karma revient sur cette organisation après avoir été très loin de prendre soin du personnage principal.

Ce serait une tournure d’évènements que tout le monde sur la planète hockey aurait achetée. Et qui aurait inspiré quelques scénaristes…

Et qui aurait prévenu une foulée de commentaires prétendant qu’il s’agit de la série finale la plus ennuyeuse depuis un bail.

Sur le plan hockey

Arrêtons de parler de cinéma. C’est bien beau les scripts, mais l’absence de Drouin a aussi son mot à dire sur l’aspect hockey de la chose.

Évidemment. C’est bien beau être motivé de détruire et faire la vie dure aux dirigeants qui nous détestent possiblement, au point de leur arracher la Coupe des mains, mais réaliser ce rêve d’une vie est encore plus probable quand on a le talent en conséquence.

Comme Jonathan Drouin, qui a déjà été le meilleur attaquant de son club à un certain moment… un club finaliste!

Si le numéro 92 était en position de jouer, ce n’est pas un défi digne de fabriquer et faire tenir un château de cartes d’y trouver un rôle exploitant son efficacité durant la grande danse du printemps.

Sa chaise aurait été à la place de Paul Byron, au côté de Jesperi Kotkaniemi et Josh Anderson. Pourquoi?

Est-ce que vous vous souvenez de la ligne Drouin-Kotkaniemi-Armia, employé en début de saison 2019-20, qui terrorisait les défensives adverses? Imaginez cette même ligne, mais avec un KK plus mature et expérimenté… et un ailier droit du même type qu’Armia, mais qui attaque plus le filet, et qui est bien meilleur!

Et Byron lui? Oui il a été à l’auteur de quelques jeux très importants, dont 2 buts contre Las Vegas, mais son absence sur le 20 partant aurait été bien peu problématique… en tous cas, moins que celle de Drouin.

Et justement, qu’est-ce que le numéro 41 a accompli contre les champions des séries 2020 et 2021, là où la perte du troisième choix au total en 2013 s’est plus fait sentir que de la friture au McDonald’s?

Il est évident que la créativité, la vision et l’exécution du natif de St-Agathe-Des-Monts auraient mené à plus de jeux importants que ce que l’ex partenaire de Claude Giroux a généré, même si les Mathias Brunet de ce monde insistent pour dire qu’il y en a eu une certaine quantité.

Byron a fait son possible, mais aussi ce qui était en son pouvoir. Et c’est quoi? Être rapide. C’est pratiquement tout.

Le 92 et ses qualités, combinés à l’intelligence et l’exécution du 3e choix au total en 2018 et de la puissance et la rapidité du gros ailier ayant déjà enfilé le chandail des Jackets, auraient été une énigme pour tous les adversaires du Tricolore.

On n’a pas besoin de s’appeler Patrick Roy pour le penser.

Ça aurait fait plus de dommages que toutes les lignes de Dominique Ducharme ont faits au courant des 3 premiers chapitres du duel final face aux chandails bleus réunies ensembles, qui ont été changés pour le match #4.

Cette puissante combinaison aurait permis au trio Toffoli-Suzuki-Caufield de passer moins de temps face aux meilleures unités, alors que les Rutta et Hedman tenteraient de neutraliser l’unité menée par Drouin.

Aussi, la combinaison Lehkonen-Danault-Gallagher pourrait respirer un peu, n’ayant pas à s’acquitter de responsabilités démesurées face à une version sur patin de la force de frappe militaire de nos voisins du sud.

Et tout cela aurait quel impact sur la ligne bleue? Disons que dans le camp montréalais, on aurait eu moins besoin de se fier à des joueurs dont leur insertion dans un rôle de 2e et 4e arrière dans un contexte où les erreurs sont plus sévèrement punies que la liberté de presse en Chine est précoce.

Et même questionnable. Est-ce que j’ai besoin de vous faire un dessin contenant un défenseur au numéro 8, un autre portant le numéro 44 et le match 2?

Est-ce que je dois aussi mettre Blake Coleman et Ondrej Palat dans le dessin?

Vous voyez maintenant la chaîne de causes à effets longue comme l’autoroute Transcanadienne de l’aide inespérée de Drouin.

À noter que c’est juste en termes de hockey, sans oublier qu’il s’agit de moment de retrouvailles… ou de vengeance très salée!

Bien que certains partisans du Canadien vont le nier, pensant probablement qu’il s’agit d’un joueur qui se plaint pour rien ou je ne sais quoi, Drouin aurait prévenu une raclée assez peu plaisante à regarder pour les sympathisants du Canadien, même les plus enthousiastes et optimistes. Pensant moi-même qu’il a joué son dernier match avec un uniforme du Bleu-Blanc-Rouge sur le dos, vous verrez une motivation similaire à ce que j’avance comme hypothèse si jamais il devait rencontrer le Canadien en finale après une possible transaction… Mais ça, c’est bon pour une saison 2 de notre feuilleton québécois.

Crédit photo: Twitter, NHL, Le Devoir