Une malédiction appelée Patrick Roy


 Guillaume Arcand 

Je m’amusais à regarder des vidéos de compilations de gardiens de but frustrés. Et boum. Je retombe sur le soir du 2 décembre 1995.

Le soir des 9 buts accordés par Patrick Roy. L’entêtement à Mario Tremblay à le garder sur la glace. La réaction de Roy suite à la dérision des partisans qui l’applaudissent pour un arrêt. La colère exprimée de Patrick envers Ronald Corey après avoir été enfin retiré du match.

Et j’ai eu un  »flash », comme on dit dans le jargon. C’est ça qui tire le Canadien dans l’enclos de la médiocrité depuis 30 ans. Le 2 décembre 1995, une malédiction s’est jettée sur le CH. Et elle se nomme Patrick Roy. Une malédiction causant un sérieux manque d’ambition et qui a son lot de conséquences depuis le temps, alors qu’elle n’est pas brisée.

Manque flagrant d’ambition

Avant de m’accuser de quoi que ce soit et de préparer des injonctions contre moi, car je voudrais enseigner la magie noire et la sorcellerie clandestine à vos enfants, non, je ne crois pas que le Canadien est atteint d’une malédiction, proprement parlant.

C’est une métaphore.

Parce que ça fait trop longtemps que cette organisation n’a pas d’ambition. On n’essaie pas de prendre des chances. On ne veut pas froisser personne.

Prenons Bergevin en exemple.

Bergevin a longtemps parlé d’un plan quinquennal. Finalement, ce  »plan », il est tombé à l’eau. Mais les gens ont été ravis, au point d’en faire part pendant tout l’été 2021, que MB est le meilleur DG de la LNH.

Pouf, la finale leur a fait tout oublier.

Parce que oui, se faire massacrer, détruire, éclabousser, varloper de tout bord en finale, c’est assez satisfaisant pour que ces fans oublient ce qui les mettaient tant en colère.

Vous avez bien lu, le comble absolu de la satisfaction des partisans de hockey québécois pour la saison 2020-21 de leur club préféré, c’est de voir leurs favoris être le pire club finaliste en plus de 10 ans après que la plupart des fans/analystes/anti Bolts ont dit que le Canadien allait gagner et que le Bleu-Blanc-Rouge représentait un meilleur club que les Islanders.

Trouvez-vous qu’on a un méchant problème?

À Montréal, on a tellement peur de faire ce qu’il faut pour gagner qu’on est prêt à être les prochains Predators (après 2017) et les prochains Sharks (après 2016), qui rayonnent de leurs mauvais contrats et leur manque de structure après avoir été les victimes des Penguins en finale.

Vous savez, Ray Shero a été engagé chez les Devils du New Jersey en 2015 après que Lou Lamoriello ne lui a rien laissé de plus qu’Adam Henrique comme 1er centre, Adam Larsson comme meilleur défenseur et plein de choix au repêchage gâchés (allo Stefan Matteau). Il a amené Taylor Hall contre Larsson, ajouté Kyle Palmieri et Marcus Johansson, en plus d’avoir repêché Jesper Bratt.

Ça aura pris moins de 5 ans avant qu’il soit congédié malgré tout ce travail. Pourquoi? Car on considérait, au New Jersey, que le travail accompli n’était pas suffisant malgré cela.

Vous voyez où est le problème à Montréal quand ça aura pris 9 ans et demi à enfin mettre Bergevin à la porte. Mais ces problèmes organisationnels ne sont pas graves, car le CH s’est rendu en finale, et donc, tous les maux sont pardonnés! Oui!

Avez-vous vu le CH prendre une série de décisions dignes d’une ambition claire dans les 25 dernières années? Ou bien vous avez aussi l’impression que ce que vous avez vu, c’est une série de petits risques pouvant possiblement fonctionner et satisfaire en terme de qualité-prix?

Poser la question, c’est y répondre.

La solution?

Tel que mentionné plus tôt, le CH suit cette trace anti-ambition depuis l’incident Roy, comme si cette organisation était condamnée à vivre le même cauchemar encore et encore, et ce, tant qu’elle n’apprendra pas ce qui ne fonctionne pas.

Comme une malédiction.

Et non, je ne propose pas de redevenir comme dans les années ’90 et que ce club soit composé exclusivement de québécois. La solution ne passe pas par le  »sentiment d’appartenance ».

Et non, je sais que, du jour au lendemain, le Canadien ne sera pas un club aspirant.

Mais sur le plan de quelques éléments du passé, où les Glorieux étaient dignes de ce nom, est-ce que c’est possible de les reproduire dans l’époque actuelle?

Prenons par exemple le congédiement de Serge Savard et Jacques Demers au tout début de la saison 1995-96. Pourquoi les avoir congédié, quand leur travail a résulté un championnat à peine 2 ans plus tôt, surtout quand on considère que la saison n’était vieille que de 4 petits matchs (ou 4 défaites pour le club montéralais) à ce moment précis?

Parce qu’à l’époque, c’était tolérance zéro, les défaites. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, même si ça le devrait.

Oui, ça va être difficile de refaire de cette équipe une équipe gagnante. Mais au moins, avoir cette partielle de mentalité d’autrefois va être un pas dans la bonne direction.

Roy continue d’hanter ce club en menant le compte des Coupes Stanley depuis le soir du 2 décembre 1995 par la marque de 2-0 face à son club d’adoption.

Je me répète, mais juste ça, c’est un indicateur clair et l’évidence même du problème qui réside dans cette organisation.

Je dirais même que cet évènement est un incident heureux, car cela a permis de mettre en lumière ce qui cloche.

Et Roy lui?

Non, je ne suis pas en train de faire campagne pour que Roy soit DG ou même instructeur. Est-ce que vous vous rappelez ce qui s’est passé au Colorado?

Je parle cependant de s’inspirer de lui et de se servir de lui comme modèle. Non-seulement, je prône une patience absente face à la défaite, mais aussi, je souhaite que le dernier athlète à avoir fait gagner ce club pour ensuite encore gagner la Coupe ailleurs serve d’exemple aux jeunes de cette organisation.

Qu’on dise aux Romanov, Suzuki, Caufield, Norlinder, Guhle et Primeau de ce monde:  »vous voyez, Patrick Roy a gagné bien des Coupes malgré son caractère. Le plus important, c’est de gagner, le reste, on s’en fou! Ça doit se transposer dans votre jeu et votre mentalité comme dans son cas, alors que les résultats sont plus que convaincants! »

Pour briser la malédiction Roy, il faut chasser ce qui a amené cette malédiction…

La défaite, c’est tolérance zéro chez les gagnants.

Crédit photo: Memorial Cup, NHL.com, Radio Canada, The Sarnia Observer