Les joueurs sont des humains comme les autres


Nicolas Ganzer - Fanadiens.com

J’aimerais revenir sur un tweet de l’émission L’Antichambre qui fait suite à la chronique de Gilbert Delorme où il demande à Carey Price de sourire à la vie. Plusieurs choses ont été dites par Delorme et aussi par Stéphane Langdeau.

Delorme pense que comme il a de l’argent, qu’il a une belle femme et une belle petite fille, tout va bien dans sa vie. Langdeau surenchérit en disant qu’il doit sourire aux partisans, car ce sont eux qui paient son salaire et Delorme qui en rajoute une couche en disant que Carey Price est obligé de saluer ses fans et qu’il est obligé de répondre aux journalistes, que cela fait partie de son travail !

Je ne vous le cacherais pas, cette discussion m’a mis mal à l’aise. Il y a plusieurs raisons à cela.

Déjà, le ton très agressif des commentateurs. Il ne faut pas oublier tout ce que Carey a fait pour l’équipe. Cela fait dix ans qu’il vend du rêve aux partisans. Certaines choses ne fonctionnent pas comme il le veut actuellement : ses performances en dents de scie, son équipement qu’il n’arrête pas de changer, sa frustration a l’entrainement. De toute évidence, quelque chose le tracasse. Mais de là à être aussi vindicatif envers lui, non ! Il ne me mérite pas un tel traitement.

Demander à une personne de sourire parce que vous estimez qu’il a tout pour être heureux et que c’est son travail, cela me rappelle les débats à une époque, je l’espère révolue, où l’on demandé à une femme de sourire parce que c’était une femme…. Cela n’a AUCUN bon sens. On est tous des êtres humains, on a tous nos problèmes dans la vie et l’on a toujours des périodes où l’on a moins envie de sourire. Cela s’appelle les aléas de la vie. Et ce n’est pas parce que c’est un athlète riche qu’il n’a plus aucun tracas dans sa vie. Personne ne sait, ni les journalistes ni les partisans, ce qui se passe dans sa vie de tous les jours.

Là où je trouve qu’ils ont débordé les bornes des limites, c’est avec l’argument : « Les partisans paient ton salaire, tu dois leur sourire ». Cet argument, vieux comme l’argent, est juste malsain. Ce n’est pas parce que je donne de l’argent ou un cadeau à quelqu’un qu’ensuite, je peux faire ce que je veux avec cette personne. Un être humain ne peut pas posséder un autre être humain. De plus, c’est Geoff Molson qui paient le salaire de Carey Price pour qu’il joue au hockey. Les partisans paient une place pour aller voir un match. Imaginez que vous allez au dépanneur du coin pour acheter un sac de croustilles, et qu’en donnant l’argent à la préposée, vous lui dites : « Alors maintenant tu vas me sourire, puis aussi me cirer mes chaussures et tu vas aussi porter mon sac jusqu’à chez moi parce que je viens de payer ton salaire ». La personne ne vous appartient pas, vous payez le service, pas la personne.

Dernier point, et non l’un des moindres. La question de la presse avec la déclaration de Delorme qui déclare que Carey est dans l’obligation de répondre à la presse, que c’est son boulot. Son travail, comme je l’ai mentionné plus haut, c’est d’arrêter les rondelles. Il est un sportif de haut niveau. Oui, cela vient avec les aléas de la presse comme il est une personnalité publique. De plus, Carey a toujours répondu à la presse, mais maintenant, on lui demande de répondre et avec le sourire en plus. Dois-je rappeler qu’il y a moins d’un mois de cela, la presse a sorti des histoires comme quoi Carey et sa femme allaient divorcer ? Que c’était tellement intense qu’Angela Price s’est sentie obligée de démentir le tout sur Twitter ? Est-ce si étonnant que Carey n’ait pas le sourire devant la presse quand ces derniers empiètent sur sa vie privée ?

Et avant Carey, c’était Pacioretty, avant cela c’était Galchenyuk, la presse a toujours tendance à empiéter sur la vie privée des joueurs du Canadien pour expliquer leurs problèmes sportifs. Je comprends la passion qui entoure le Canadien, mais j’estime qu’il y a des limites à ne pas franchir.

Imaginez une seule seconde que vous vous levez le matin, tranquillement, vous prenez votre douche, vous embrassez votre femme en buvant votre café tout en lisant le journal. Et du moment que vous sortez de chez vous, il y a une ou plusieurs personnes qui vous suivent tout au long de votre journée, à chaque instant, qui épient vos moindres faits et gestes. Vous avez toujours cette sensation au-dessus de votre épaule que quelqu’un est là, à côté de vous, jusqu’à ce que vous rentriez enfin chez vous. Imaginez cela pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois. Intense, non ?

Les joueurs sont des êtres humains comme les autres, il y a des jours ou ça va bien, d’autres moins. Des jours ou tout va bien à votre travail, et d’autres pas du tout. Il serait bon de juger les joueurs sur leurs performances dans l’arène et non leurs performances devant les micros.

D’ailleurs, après la victoire d’hier contre les Devils, Carey avait le sourire. 😊

Crédit photo : Francois Lacasse / Getty images