Le traitement extrême servi aux joueurs québécois au Québec: idéalisés (partie 1)



Par Guillaume Arcand

On les aime, nos joueurs québécois. En fait, dire qu’on les aime est un euphémisme, car je pourrais aller jusqu’à dire qu’on les idolâtre. Toutefois, il n’est pas faux de dire aussi qu’on les déteste. Peu importe de quel côté du spectre nous nous trouvons, absolument tout le monde ne peut contredire que personne ne soit indifférent par rapport aux Québécois évoluant dans la LNH. Les nombreux commentaires, positifs ou négatifs, concernant les athlètes originaires de la belle province peuvent parfois prendre une tournure disproportionnée, comme on a pu le témoigner récemment, alors que la saison morte de Jonathan Drouin a commencé hâtivement. Cet évènement triste et même révoltant lève le voile sur une relation toxique entre les Québécois évoluant dans la LNH et les amateurs de hockey de la seule province francophone au pays.

Voici la partie 1 qui parle de comment on a tendance à surestimer les joueurs québécois.

Jeunes québécois au repêchage

À chaque repêchage, le refrain est toujours le même. Selon beaucoup d’amateurs, le Canadien ne repêche pas assez de joueurs québécois. Je n’inclus pas, par exemple, Stéphane Leroux, qui fait mention des espoirs québécois et qui se demande pourquoi Marc Bergevin a passé à côté de certains d’entre eux. Non.

Je parle de ces chères gens qui réclament qu’avec la majorité des sélections que la Sainte-Flanelle, il faut sélectionner un jeune joueur de la province au drapeau bleu, au point de quelque peu discriminer les jeunes espoirs venant d’ailleurs

C’est comme pour ces gens, toutes les ligues juniors et professionnelles en Europe, la WHL, la OHL, la USHL, la NAHL et le programme de développement américain n’existaient pas.

Il n’y a que la LHJMQ pour ces individus, et tous les joueurs québécois éligibles au repêchage sont des Alexis Lafrenière ou des Jean Béliveau, ou presque. Ce n’est pas peu dire.

Marc-André Fleury

Le phénomène ne s’arrête pas là. L’idolâtrie se poursuit une fois que l’individu local a fait sa place dans la LNH. Un des exemples est Marc-André Fleury.

Évidemment, Fleury est un des meilleurs gardiens de la LNH et ne semble pas vieillir, du haut de ses 36 ans. Il n’est pas exagéré de dire qu’il est présentement le meilleur joueur de l’alignement (et de l’histoire) des Golden Knights. Cependant, ce phénomène n’est pas extrême à son endroit, loin de là. L’amour et les commentaires positifs en l’endroit du célèbre numéro 29 ne proviennent pas seulement de sa province natale.

Cependant, ici au Québec, si on souligne de façon magistrale les performances fumantes de l’ancien des Penguins de Pittsburgh, ses moments où il parait moins bien passent sous le radar (sauf quand il affronte le Canadien). On a tendance à oublier qu’il n’est pas parfait. Beaucoup ont fait mention de la candidature de Fleury au trophée Conn Smythe en 2018, mais très peu de gens le tiennent responsable de l’avance de 3-1 gaspillée face aux Sharks en 2019, quand pourtant, il faisait partie de ceux qui devaient se regarder dans le miroir chez les Knights pour ce gâchis.

Pier-Luc Dubois

C’est loin de s’arrêter là. Très loin.

À ce qu’on dit, les évènements spéciaux et quelque peu bouleversants montrent la vraie nature des gens. Est-ce qu’on peut dire qu’une transaction majeure est un bon test pour en voir la vraie nature des amateurs de sport? Certainement!

Justement, deux québécois ont changé d’adresse dans des échanges majeurs. Les commentaires qui en ont suivi n’ont fait que confirmer le phénomène.

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Premièrement, le 23 janvier dernier, Pier-Luc Dubois et un choix de 3ème tour ont pris le chemin de Winnipeg en retour de Jack Roslovic et du redoutable Patrik Laine, qui ont plié bagage pour Columbus. Hormis les problèmes hors-glace concernant le franc-tireur finlandais, il s’agit d’un excellent joueur de hockey sans une petite parcelle de doute.

Dans la mesure où ses problèmes avec ses entraîneurs et le célèbre jeu vidéo Fortnite sont derrière lui, c’est absolument terminé pour tous ses adversaires, et les trophées Maurice-Richard vont s’enchaîner dans son cas. Sur le plan hockey, les grands gagnants sont les Blue Jackets, en théorie. C’est très difficile de le contredire.

Toutefois, évidemment, on a pu voir un groupe au grand nombre d’individus engagés qui se sont portés à la défense des Jets, et du même coup, Dubois. En passant par la mention des différents pépins hors hockey de Laine, ils ont dit que l’ex Screaming Eagles du Cape Breton avait une meilleure attitude, qu’il correspondait mieux aux besoins de la formation de Paul Maurice et qu’il serait mieux entouré à Winnipeg qu’il l’était à Columbus.

C’est bien, très bien même, qu’il y ait des gens pour relativiser et nuancer. Cependant, est-ce que ces amateurs qui ont répondu présents pour relativiser la transaction Dubois-Laine auraient fait de même si le nom de la nouvelle acquisition des Jets était Serguei Manukian ou Kirill Rakhmanov?

Ces «pro-Dubois» sont également fort probablement partisans du narratif que le centre natif de Saint-Agathe-des-Monts est un premier centre, et ce, même dans une équipe de premier plan.

Pas d’une équipe pouvant espérer un billet au 2ème tour. Une équipe pouvant rêver à une parade festive en juin. Oui!

Dans le cas de Dubois, il est en fait un 2ème centre, et il est probablement un des pires joueurs à avoir pivoté un premier trio dans les 10 dernières années dans le circuit Bettman. Jamais personne n’aurait dit, ni même généré la pensée, que l’ancien des Jackets soit un joueur de calibre de premier trio ici au Québec s’il provenait de la Finlande ou de la Hongrie.

Anthony Mantha

Il y a aussi eu l’échange d’Anthony Mantha, alors qu’il a passé à Washington en retour d’un choix de premier tour, d’un choix de 2ème tour et du très prolifique Jakub Vrana. Comment avoir la moindre pensée que Detroit n’a pas eu le dessus, par une solide marge?

Sans dire que Brian MacLellan, gagnant de la Coupe Stanley en 2018 avec les Capitals de Washington, est un incompétent notoire, il est très difficile, à la base, de contester une décision prise par Steve Yzerman. Surtout quand dans un cas comme celui-ci, ça saute aux yeux que cet échange tourne à son avantage.

Mais bon, puisque Mantha est un québécois, et donc un bénéficiaire du traitement de faveur des passionnés de hockey provenant de sa province natale, on a peut-être scandé que les Red Wings sont les grands gagnants de cette transaction. Quelque chose me dit qu’on aurait été beaucoup, mais vraiment beaucoup, plus enthousiaste de mentionner le coup de maître d’Yzerman si la nouvelle acquisition des Caps s’appelait Janne Altonen.

Déjà qu’il n’est pas complètement faux de dire que Vrana est un meilleur joueur, en général, que Mantha, la formation du Michigan a gagné deux gros choix au repêchage qui contribueront certainement à leur reconstruction, surtout avec le très bon Steve Yzerman aux commandes. Les«pro-Caps» dans cet échange ont comme argument que l’ailier tchèque a cette fâcheuse tendance à s’effacer en séries. Il s’agit d’un autre argument que plusieurs nationalistes québécois ont utilisé afin de prendre la défense de MacLellan, et du même coup, Mantha.

Ah oui? Et Mantha lui? Comment a-t-il sauvé la cause de la formation de Peter Laviolette face aux Bruins lors des présentes séries?

Cette idéalisation presque excessive des joueurs provenant de la plus grande province canadienne en superficie n’a pas passé sous le radar, car ces échanges et évènements qui se sont déroulés cette année et lors de récentes saisons ne sont que des indicateurs qui témoignent que cette apparence de culte autour des joueurs de hockey québécois est très présente, voire même inquiétante. Si ce genre d’appartenance supplémentaire aux athlètes locaux digne d’une forme de nationalisme dans le sport se produit absolument partout en plus d’être, en théorie, tout à fait normal, c’est amplifié par la passion présente au Québec pour le hockey, qui fait accroitre le phénomène qui s’apparente à celui de la chambre d’échos.

La 2ème partie de ce texte portera sur le fait que les joueurs québécois sont aussi souvent très sévèrement critiqués. Demeurer au poste, car vous pourrez la lire très bientôt sur le 7e Match !

Crédit photo: The Washington Post, Jets Nation, NHLPA, Yard barker