La vraie « bataille » pour le poste de partant à Shawinigan est terminée
Guillaume Arcand
Bien franchement, ça aurait dû être clair au moment même que la transaction amenant Mathys Fernandez à Shawinigan a été conclue. Mais bon, il aura fallu que celui-ci puisse auditionner auprès de ses nouveaux fans à coup de quelques bonnes performances pour que bien des partisans des Cataractes et d’autres fans de hockey junior aient les éléments pour répondre à la question : « Qui est le réel partant des Cataractes? ». On a donc pu voir lui et son adjoint Félix Hamel arrêter les rondelles sous les mêmes couleurs. Au sein d’un même système. Avec la même qualité de joueurs devant eux. De quoi faire rappeler le tandem d’Antoine Coulombe et Charles-Antoine Lavallée, ayant duré 2 ans et demi.
Un peu d’histoire
L’histoire de Félix Hamel n’est pas si difficile à résumer. Il est cependant faux qu’il ne comporte pas d’exemple de persévérance et d’éthique de travail. Après avoir rompu son entente avec la NCAA en cours de saison 2022-23, il s’amène avec leDrakkar de Baie-Comeau y disputer 6 matchs.
Il est ensuite échangé, au courant de la saison morte de 2023, recevant du même coup la bonne nouvelle qu’il rentre à la maison, alors qu’il passe aux Cataractes de Shawinigan contre son ex-coéquipier Alexis Cournoyer, afin de former un ménage à 3 avec la recrue Mathis Langevin et Rémi Delafontaine, qui n’était pas destiné à durer toute la saison.
<>C’était donc une épopée digne du roman «Hunger Games», surtout si on considère (oui, certains vont être surpris, mais…) qu’en reconstruction, les joueurs peuvent être transigés de tout bord tout côté, à tout moment. Disons que le cerbère trifluvien a quelque peu raté son début d’audition. On se doutait qu’il allait devoir encore plier bagage.C’est alors que, vers le mois de décembre, le numéro 35 s’est amené en sauveur, sortant des performances excellentes une après l’autre, digne de « capitaine twist » comme dirait Jay Du Temple, que ce soit en arrêtant près de 40 rondelles face à des puissances, ou des jeux blancs ici et là, ou simplement avec des performances où son gros gabarit a été mis à profit dans des matchs où sa contribution fut essentielle, c’était presque unanime : on assistait à un film tiré des studios d’Hollywood.
Celui qui faisait possiblement lâcher quelques sacres à des partisans dû à sa simple annonce comme partant était celui était vu comme l’homme derrière la sortie des «Cats» des sentiers désagréables de la défaite. Et la tendance s’est poursuivie après les fêtes. Au point que le directeur des communications des Cataractes Steve Turcotte a osé mettre le nom de l’ancien des Estacades et « élite » dans la même phrase. Ce n’est pas peu dire. Lui, tout comme bien des fidèles aux rendez-vous au Centre Gervais Auto pour encourager leurs favoris soir après soir, ont été éblouis de l’excellent jeu en périphérie et de la capacité à intimider tout attaquant adverse avec son gabarit. Et ce, en même temps de pouvoir faire connaissance avec cette nouvelle acquisition des fêtes, Mathys Fernandez.
Pour Fernandez, l’histoire est un brin plus divertissante, si c’était possible. Son entrée dans le junior, qui s’est produite en 2022-23, fut marquée par une transaction l’envoyant des Remparts aux Foreurs dans ce qui allait être éventuellement un pacte envoyant Justin Robidas à Québec. À Val d’Or, en 2022- 23, il fait ce qu’il peut dans une équipe en reconstruction où de gros morceaux ont déclaré, pendant les fêtes, vouloir faire un Tim Thomas 2012-13 d’eux-mêmes (pour ceux qui ne comprennent pas, ils voulaient partir).
C’est alors qu’il est échangé avec le 4e choix au total (Nathan Lecompte) pour 7 choix au repêchage, dont deux de premiers tours. En analysant bien la chose, on voit que cette transaction aurait été très équitable sans que le fils de Manny Fernandez soit impliqué. Je croyais qu’on pouvait même réussir à tirer quelques compliments de la bouche des plus grands détracteurs de Yannick Jean pour avoir conclu ce pacte, alors qu’on lui a littéralement servi l’actuel numéro 29 des Cataractes sur un plateau d’argent poli.
Mais c’est avant ce qui s’est produit pendant l’automne 2023. Parce que « Fern » avait des statistiques dignes d’un gardien junior AAA, on a préféré abandonner son cas, le transigeant pour un vétéran possédant un an d’expérience de plus, au nom de Rémi Delafontaine. Après cette transaction, les amateurs des hommes en jaunes ont pu bénéficier d’un 2 pour 1. Si les prouesses d’un certain Trifluvien à la belle histoire a pu donner un certain spectacle, ceux qui apprécient le hockey pour son côté pur de la chose ont pu être gâtés, alors qu’ils ont pu analyser les habiletés d’un gardien au bon potentiel, mais surtout constant, chose assez rare dans les ligues de développement.
Oui,l’ancien du collège Esther-Blondin aura connu des matchs où il a accordé 4 ou 5 buts, et oui, il n’a pas toujours été parfait sur tous les tirs qu’il a fait face, mais on peut affirmer qu’il n’a pas connu de mauvais matchs en tant que tels. Pas une seule fois, il a été sorti du match. Pas une fois, j’ai entendu cette citation au courant de l’hiver 2024 : « on a perdu à cause de Fernandez ». Et ça, ça aurait été assez pour que Steve Turcotte qualifie également l’actuel numéro 29 des Cataractes d’« élite ».
Comparatif
Ce qui est réjouissant dans le processus de choix d’un gardien, c’est que, contrairement dans le cas des attaquants ou des défenseurs, les gardiens, on ne cherche pas de style en particulier. On n’en veut pas de particulièrement robuste, gros, physique, rapide, bon sans la rondelle, défensif, ou autre. Juste qu’il arrête les rondelles.
Donc, dans le cas ici, le choix semble assez facile, dans un cas où les Cataractes semblent essayer de désigner le meilleur homme masqué à qui on confiera un poste de 20 ans au courant de la saison 2025-26, une saison prometteuse pour les Shawiniganais.
On peut déceler tout plein de qualités dans le jeu de Félix Hamel. On n’a qu’à penser à son positionnement respectable ainsi qu’une bonne utilisation de son gros gabarit. Sa bonne vision du jeu en périphérie et son jeu en général, toujours en périphérie, méritent également les applaudissements de ses pairs.
Cependant, si les arguments du portier de 6’3 étaient insuffisants pour défendre son cas, c’était entre autres, car son rival possède également toutes ces qualités à quelques pouces près. De plus, l’ancien des Saguenéens et des Foreurs couvre très bien son bas, ses déplacements sont très bons et surtout très rapides, en plus de réagir rapidement, en général, avec des glissades calculées.
C’est sans parler qu’il est rarement pris hors position, et que son contrôle de retours est très respectable. Tout cela sans oublier de mentionner qu’il possède de très bons réflexes.
Le seul argument que le Trifluvien pouvait mettre sur la table sur celui qui a été échangé contre Delafontaine est qu’il est capable, par un positionnement irréprochable, d’intimider les joueurs adverses, les décourageant de tirer, et lui permettant d’avoir un sérieux adverse sur les joueurs adverses, ce qui explique sa force dans les tirs de barrage. Ce n’est pas quelque chose qui ressort du jeu de Fernandez, alors que dans une situation où il doit se montrer « gros », il parvient moins à intimider le joueur adverse qui finit par tirer, et possiblement marquer. Par contre, en regardant des vieux matchs du numéro 29, on peut remarquer qu’il s’agissait d’une faiblesse flagrante dans son jeu. Aujourd’hui? On peut encore le détecter, mais moins, car il s’AMÉLIORE. Rien d’impressionnant ici, car c’est normal que des jeunes joueurs d’une ligue de développement se développe, mais c’est tout de même à souligner.
Belle histoire, mais au talent…
On peut applaudir Hamel pour le travail accompli, mais aussi la réputation construite en un peu plus d’un an.
Sa contribution incroyable de la sortie de son équipe de la pire séquence de l’organisation du plus récent cycle.
Ses nombreux jeux blancs.
Les quelques fois où on a pu se dire, lorsque les champions de la Coupe du Président de 2022 faisaient face à une équipe de tête en 2023-24 : « ah fiou, sans Hamel on aurait perdu 8-0 ».
Les multiples occasions où on a vu son nom sur la liste des 3 étoiles en début de saison 2024-25, faisant quelque peu oublier Fernandez, blessé. Période où Hamel était très sollicité, d’ailleurs.
Tout cela a permis d’ajouter des cordes à son arc afin de lui valoir l’honneur de pouvoir être appelé un favori de la foule.
Un « fan favorite », comme on dit.
Mais la vraie vie, ce n’est pas un scénario d’un film grand public produit par Les Fils Séville qui passe dans une Cinéplex Odéon près de chez vous. Et dans cette chose qu’on appelle la vraie vie, la logique stipule que pour la saison 2025-26, nous verrons un duo de gardiens de but composé de Fernandez et Owen Bresson.
Choix déchirant, certes, mais qui sera bien justifié. Justifié par le fait que les Cataractes verront une constance inégalée entre ses poteaux. Justifié par le fait que lorsqu’on verra Jordan Tourigny, Vince Elie et Mathys Fernandez être nommés les 3 étoiles du dernier rendez-vous local junior en Mauricie pour l’année 2025-26 (la tradition veut que les 3 20 ans soient les 3 étoiles du dernier match local dans le junior), on se dira « mais quel trio de 20 ans on a pu bénéficier chez les Cats, notamment le petit numéro 29 qui a connu une saison presque sans faille. »
Et d’ici là, les partisans des Cataractes qui étaient tombés en amour avec Félix Hamel et qui éprouvent maintenant un chagrin face à cette séparation de ses chemins avec l’équipe vont avoir séché leurs larmes, mais aussi, ils auront élu un nouveau dit « favori de la foule », et deviendront prêts à sortir le chéquier afin de collectionner un de ses chandails utilisés lors d’un match.
L’avenir dira si les Cataractes ont pris la bonne décision, mais pour le moment ils ont pris celle qui semble la plus logique !
Crédit photo d’en-tête : Le Nouvelliste