La transaction Barron-Carrier: Vraiment pas du style «4 trente sous pour une piastre»


  Daniel Vanier

Lorsque les Canadiens de Montréal ont acquis les services du défenseur québécois, Alexandre Carrier, des Predators de Nashville en retour du défenseur Justin Barron, cela n’avait pas soulevé beaucoup d’enthousiasme chez certains partisans du Tricolore.

Les Canadiens de Montréal avaient annoncé la nouvelle sur leur compte X :


Le commentaire qui revenait le plus souvent sur les réseaux sociaux était alors que ce n’était pas une transaction qui allait changer beaucoup de choses pour les Canadiens. Un peu plus de 3 semaines plus tard, on a pu voir que ces nombreux critiques se sont royalement trompé.

«4 trente sous pour une piastre»…Vraiment ?

Pour certains éternels détracteurs du CH, c’était ce qu’on appelait une transaction «4 trente sous pour une piastre»
. L’auteur de ces lignes était très surpris de ces commentaires, car nous parlions ici de deux défenseurs droitiers, d’accord, mais c’était le seul point commun entre ces deux arrières. Nous parlons ici de deux défenseurs au style complètement différent.
Ancien des Olympiques de Gatineau, Carrier est âgé de 28 ans et a 245 matchs d’expérience dans la LNH avec les Predators, qui l’ont repêché au quatrième tour en 2015 (115e). Auteur de 11 buts et 58 passes. Les experts mentionnaient que Carrier était avant tout un arrière à caractère défensif qui offrira un peu plus d’équilibre à la brigade du Tricolore. Encore une fois, lorsqu’était mentionné son très bon jeu défensif, les «Habs Haters» ou les éternels sceptiques ne manquaient pas de mentionner son différentiel de -14 en 28 parties avec les «Preds»cette saison. Cependant, il faut savoir que Carrier était utilisé avec son capitaine Roman Josi contre les meilleures lignes adverses à Nashville.
De son côté, Justin Barron est encore considéré comme un espoir. Il a seulement disputé 114 parties dans la LNH et peine toujours à s’affirmer comme un défenseur qui peut être utilisé dans les six réguliers d’une brigade défensive de la LNH. L’ancien 1er choix de l’Avalanche(25e au total en 2020) est surtout reconnu pour son jeu offensif et ce, même s’il n’avait qu’ un seul but en 17 matchs cette saison avec les Canadiens avant cette transaction. Vraiment, l’auteur de ces lignes ne parvenait pas du tout à voir comment les gens pouvait qualifier cette transaction comme étant du pareil au même et Alexandre Carrier a rapidement démontré depuis son arrivée à Montréal que c’était très loin d’être le cas.

Un très bon défenseur défensif et un leader

Alexandre Carrier n’est pas et ne sera jamais un défenseur vedette. Cependant, il est très utile à une formation. Il ne faut pas oublier qu’en plus de ses 245 matchs dans la LNH, le défenseur natif de la ville de Québec avait aussi disputé plus de 250 matchs dans la Ligue américaine. Nous parlons donc d’un vétéran qui possède déjà un bagage de 10 saisons chez les pros dans le corps. Outre son expérience, Carrier avait aussi une grande motivation : Il désirait jouer pour l’équipe qu’il a idolâtrée durant son enfance. Le numéro 45 est ultra-motivé et, après seulement 18 parties avec sa nouvelle équipe, il est déjà considéré comme un leader au sein du Tricolore.

Quel était le but des Predators ?

Lorsque nous regardons l’excellent jeu d’Alexandre Carrier, il est facile de se questionner sur le pourquoi de cette transaction du côté de Nashville. Certains semblent croire que le but principal des Predators était possiblement d’épargner de l’argent sur la masse salariale. Alexandre Carrier gagne $3 750 000, alors que Justin Barron gagne pour sa part $ 1 150 000. Nous parlons donc d’une économie de $2 600 000 pour les Predators. C’est bien, mais cela ne justifie pas vraiment cette transaction. Le point principal pour les Predators était plutôt le potentiel qu’ils voyaient en Justin Barron. Ils ont fait cette transaction avec un but à long terme.

Justin Barron est déjà critiqué…mais demeure un projet

Les débuts de Justin Barron avec les Predators n’ont pas été couronnés de succès. Il a subi de sévères critiques de la part des journalistes couvrant les activités de l’équipe. Le journaliste affecté à la couverture des Predators pour le quotidien The Tennessean, Alex Daugherty, a candidement avoué sur X que Barron devenait «dur à regarder jouer». Il va sans dire que cette déclaration a suscité beaucoup de commentaires dont plusieurs de la part des partisans du CH qui, pour la plupart disait que c’était prévisible.

Par la suite, Daugherty a tenté d’atténuer ses propos, mais il est demeuré franc sur un point: Barron est un joueur qui se cherche.
Voici ce que rapporte Alex Daugherty:
«Lors des deux derniers matchs, il était juste perdu, a-t-il observé. À un moment, il orchestrait une poussée à l’attaque avec deux attaquants derrière lui, et tu voyais que Roman Josi était frustré. C’est son travail à lui, pas à Barron.»

Contexte: l’entraîneur-chef des Predators, Andrew Brunette, préfère que les défenseurs ne s’aventurent pas et qu’ils effectuent plutôt des passes rapides aux ailiers. Mais Josi a naturellement une permission spéciale. Permission que ne détient pas Barron.

«Il prend de drôles de décisions. Mais pour le moment, appelons ça une période d’ajustement», a tempéré Daugherty.
«Il a été laissé de côté pour quelques matchs, puisqu’ils le voient comme un projet à long terme, a précisé Daugherty. C’était prévu d’avance qu’il soit le septième défenseur. En ce moment, il joue parce qu’Adam Wilsby et Jérémy Lauzon sont blessés.»

Barron se replace

Depuis, Justin Barron a quelque peu redressé son jeu et il a même inscrit 2 buts. Il a un différentiel de -1 en 11 parties avec les Predators. Justin Barron demeure un jeune défenseur. N’oublions pas qu’il n’est âgé que de 23 ans. Il possède toujours un bon potentiel et pourrait devenir un bon défenseur offensif dans la LNH. C’est le pari qu’ont pris les Predators lorsqu’ils en ont fait son acquisition.

C’est pour ce genre de buts que nous pouvons voir dans la vidéo suivante que Barry Trotz et les Predators sont allé chercher Justin Barron :

le réputé analyste de hockey, Pierre V Lebrun, mentionnait aussi que les Predators avaient de l’intérêt pour Justin Barron depuis un an. Il rappelle que les Predators ont une excellente réputation pour développer leurs défenseurs. Barron a hausser son jeu et possède présentement une fiche de 2 buts et une passe en 13 parties avec les Predators.

Une bonne transaction ..pour les 2 équipes ? Peut-être plus tard !

Lorsqu’on fait remarquer à Kent Hughes que cette transaction est tout à l’avantage du Tricolore, car Alexandre Carrier est venu grandement améliorer la défensive des Canadiens, le directeur général évite de tomber dans le piège. Il n’est pas du genre à pavoiser. Il mentionne que pour lui c’est une transaction qui est bonne pour les 2 équipes et que Justin Barron possède un très bon potentiel que les Predators peuvent développer. Il soutient que Barron sera mieux entouré là-bas, puisque Nashville possède plus de défenseurs d’expérience pouvant épauler Barron. Il est vrai qu’à Montréal, Barron devait évoluer avec un autre jeune défenseur.  Les Canadiens ne possédaient que David Savard et Mike Matheson comme défenseur vraiment expérimenté. Kaiden Guhle n’a que 156 parties de jouées dans la LNH, alors qu’Arber Xhekaj en a 140 et Lane Hutson est un défenseur recrue qui dispute sa première saison. Du côté de Nashville, outre le capitaine Roman Josi (953 matchs dans la LNH ) qui est le partenaire habituel de Justin Barron, les Predators peuvent aussi compter sur Brady Skjei (657 matchs dans la LNH) et Luke Schenn ( 1044 matchs dans la LNH). L’entraîneur des Predators, Andrew Brunette, peut habituellement aussi compter sur les services de Jeremy Lauzon ( 316 matchs dans la LNH), mais le défenseur québécois est présentement blessé. Il est donc vrai que la brigade des «Preds» est beaucoup plus expérimentée et pourrait possiblement contribuer mieux au développement de Justin Barron. Cependant, Alexandre Carrier est seulement âgé de 28 ans. C’est seulement 5 années de plus que Justin Barron. Il pourra donc être utile encore très longtemps aux Canadiens de Montréal, beaucoup plus que Justin Barron, qui de son côté, pourrait effectivement devenir un très bon défenseur offensif. Toutefois, les Canadiens sont plutôt bien pourvus à ce niveau. Ils ont présentement le vétéran Mike Matheson et l’excellent Lane Hutson. De plus, ils possèdent le prometteur Logan Mailloux qui frappe présentement à la porte et qui continue de prendre de l’expérience et de s’améliorer avec le club-école du CH. Le Tricolore pouvait donc se permettre de sacrifier Justin Barron pour de l’aide immédiate qui vient combler d’autres besoins qui devenaient, par ailleurs, de plus en plus pressants. Alexandre Carrier répond parfaitement à ces besoins. Pour le moment, force est d’admettre que c’est Kent Hughes qui a l’avantage dans cette transaction. L’avenir dira si ce sera toujours le cas plus tard.

Crédit photo : Compte You Tube de Top Shelf Hockey

Source : Nicolas Cloutier, Le Journal de Québec: «Il est perdu sur la glace»: Barron a besoin de rodage à Nashville»