C’est probablement la fin de John Tortorella à Philadelphie


  Daniel Vanier

Les Canadiens de Monréal ont offert tout un spectacle lors de leur avant-dernier match à domicile de la saison 2023-24. Toutefois, sans rien enlever aux hommes de Martin St-Louis, les joueurs des Flyers les ont aidés à bien paraître. Nous avons pu voir une équipe qui était de toute évidence en mission hier soir. Malheureusement pour John Tortorella, cette mission n’était pas celle qu’il espérait.

Un match sans lendemain…seulement pour John Tortorella

L’entraîneur des Flyers et fort probablement leurs partisans, s’attendaient à voir une équipe sauter sur la glace du Centre Bell avec le couteau entre les dents et en étant complètement affamés pour obtenir cette victoire importante. Après tout, c’était un match sans lendemain et les joueurs des Flyers se devaient de remporter la victoire pour augmenter leurs chances de sauver cette si belle saison qui semble maintenant devoir se terminer avec une triste fin. Ce match sans lendemain l’était donc finalement pour une seule et unique personne : leur entraîneur John Tortorella, car les joueurs des Flyers avaient un autre plan en tête.

Les joueurs des Flyers voulaient se débarrasser de John Tortorella

La grande majorité des amateurs de hockey s’attendaient à un duel intense et serré entre les Canadiens et les Flyers lors de ce fameux match du 9 mars dernier. Ce fut plutôt un match à sens unique et un massacre de la part des Canadiens de Montréal. On peut dire que le ciel s’est plutôt effondré sur la troupe de John Tortorella démontrant ainsi , hors de tout doute, que le bouillant entraîneur a perdu son vestiaire en critiquant trop ses joueurs récemment.

 

Nous disons, récemment, mais Tortorella a cette très mauvaise habitude de critiquer ses joueurs en public depuis longtemps, seulement, depuis un bon moment. C’était simplement de pire en pire. Plus les Flyers connaissaient des difficultés, plus les critiques de Tortorella devenaient acerbes. Cela c’est sans compter ses sautes d’humeur sur le banc des joueurs.

En date du 12 février, tout semblait bien aller pour les Flyers qui étaient vus alors comme une des plus belles surprises de la saison. Ils étaient alors du nombre des équipes participantes aux séries éliminatoires. Les Flyers étaient bien positionnés au 3e rang de la Division Métropolitaine avec 8 points d’avance. Au 26 février, l’avance commençait à fondre, mais ils étaient toujours 3e dans la Métropolitaine avec 4 points d’avance. Au 30 mars ils étaient descendus au 4e rang. Arrivés au 6 avril ils étaient maintenant au 5e rang à 2 points du 3e rang. Puis avant le match contre les Canadiens, le 9 avril ils étaient maintenant au 6e rang de la Division Métroppolitaine toujours avec 2 points de retard. On connait la suite: un massacre de 9-3 contre Monréal leur a infligé un 8e revers consécutif.La véritable chute libre des Flyers peut être expliquée de bien des façons. Les mauvaises performances des gardiens, les erreurs en défensive et les attaquants qui manquaient d’opportunisme en sont quelques-unes. Toutefois, John Tortorella fait aussi partie des raisons expliquant les déboires des pauvres Flyers. C’est ce qu’ils ont voulu démontrer lors du match contre les Canadiens et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ont bien réussi leur mission.

Les mauvaises décisions de John Tortorella

 

Il peut être choquant de voir une équipe jouer ( ou plutôt ne pas jouer!) avec comme but principal non pas d’obtenir la victoire, mais plutôt d’encaisser une autre défaite pour ainsi se débarrasser d’un entraîneur. Par contre, avant de lancer la pierre aux joueurs, il faut aussi regarder les agissements de l’entraîneur. John Tortorella a commis plusieurs grossières erreurs. Voici les principales .

 
Envoyer son capitaine dans les estrades

Il n’y a personne d’intouchables dans une équipe. Toutefois, un entraîneur à l’écoute de son équipe va parfois prendre des décisions qui vont éviter de gâcher l’atmosphère du vestiaire. Pour donner un exemple, c’est en grande partie pourquoi l’entraîneur des Canadiens, Martin St-Louis, ne voulait pas que son gardien, Jake Allen est soumis au ballotage. Bien que c’est au final la décision du directeur-général, St-Louis savait qu’ Allen était extrêmement apprécié de ses coéquipiers et que ceux-ci n’auraient pas aimé le voir subir un tel affront. C’est pourquoi il a plaidé en faveur de Jake Allen jusqu’à celui-ci accepte une transaction.

 

Chez les Flyers, Sean Couturier est un joueur hautement apprécié dans le vestiaire. Il souffre de mal de dos qui l’empêche de produire autant qu’il le voudrait, mais Couturier s’est toujours défoncé pour son équipe et continuait de le faire. C’est pourquoi il était le fier capitaine de cette formation. Toutefois, John Tortorella a décidé de ne pas tenir compte de cela, et s’est servi du manque de production de son capitaine pour le laisser dans les estrades. Un geste qui n’a pas du tout été apprécié. Autant par Couturier que par les autres joueurs des Flyers. Tortorella voulait peut-être fouetter son équipe ainsi en démontrant que personne n’était à l’abri de ses foudres.

Malheureusement, pour lui ce fut tout le contraire qui s’est produit. Depuis qu’il a laissé de côté son capitaine Sean Couturier au mois de mars, les Flyers ont perdu neuf de leurs 11 sorties.

Surtaxer son jeune gardien numéro 1

Avant cette saison, le jeune gardien Samuel Ersson avait seulement 12 matchs d’expérience dans la LNH. Cette saison, le gardien suédois a déjà disputé 48 matchs. C’est le plus grand nombre de matchs qu’il a disputé au cours de sa carrière. Cette très grande utilisation combinée avec le stress d’une première saison complète dans la LNH, de cette course pour les séries éliminatoires et d’avoir à être dirigé par un entraîneur aussi intransigeant que John Tortorella épuise de toute évidence le jeune cerbère de 24 ans. Voici ce que disait Tortorella à ce propos

«J’ai pris cette décision, que j’allais vivre ou mourir avec Ers quand je lui ai fait jouer tous ces matchs. Je n’avais pas tellement confiance, mais je l’ai fait jouer comme l’enfer, parce que je croyais qu’il le méritait. Il est toutefois fatigué, mais je le vois continuer de combattre.»

 

Oui Samuel Ersson fait bien dans les circonstances et donne tout ce qu’il a. Toutefois, donner trop de matchs a son jeune gardien fut une erreur de la part de l’entraîneur maintenant âgé de 65 ans.

Mettre constamment de la pression sur ses joueurs en les critiquant dans les médias

La plus grande erreur de John Tortorella et, fort probablement celle qui finira par lui coûter son poste, est le flot de critiques incessant qu’il lance à ses joueurs par le biais de divers médias. Nous allons explorer cette dernière erreur plus en détail.

Tortorella a brisé une loi non écrite…à plusieurs reprises

Tous les sports professionnels ont leur lot de lois non écrites. Elles sont différentes dépendamment du sport, mais une d’entre elles est toutefois la même et ce peu importe le sport: on ne critique pas un coéquipier en public. C’est habituellement la même chose pour les entraîneurs qui ne vont pas descendre un de leur joueur devant les journalistes. Cette règle, John Tortorella semble n’en avoir rien à cirer, car il l’a transgressé a de nombreuses reprises cette saison.

Lors d’un duel contre les Panthers de la Floride, le gardien Felix Sandstrom a donné trois buts sur seulement 14 lancers. Après la partie, Tortorella a été questionné sur la performance de son homme masqué. Il a cependant refusé de répondre. Il a levé les mains en signe d’interrogation et a donné un coup sur le podium avant de quitter silencieusement le podium et de sortir de la pièce. Tortorella n’a pas prononcé un seul mot. Cependant son langage corporel en disait très long…trop long pour un entraîneur qui respecte vraiment ses joueurs. Vous pouvez voir le tout ici :

John Tortorella s’est finalement excusé auprès du gardien de but Felix Sandstrom après avoir réagi de cette façon aussi impulsive que non-professionnelle. Il l’a fait lors d’une autre rencontre avec les journalistes:

« J’ai fait une terrible erreur devant vous l’autre soir. Mon langage corporel n’était pas bon. Ce que j’aurais dû vous dire, c’est qu’il a essayé. Sanny essaie. Notre situation des gardiens a été en constants changements cette année. Sanny ne mérite pas cette réaction de ma part. Vous aviez parfaitement le droit de poser cette question. Il ne méritait pas ça. C’était mal. »

Malheureusement le mal était déjà fait et Tortorella l’a fait a d’autres reprises.

Pour Sandstrom, «Torto» n’avait pas dit un mot ..mais il ne s’est pas gêné pour le faire avec Bobby Brink qu’il accusait de manquer de rudesse et qu’il ne savait pas comment appliquer des mises en échec:

Tortorella lance aussi souvent de sévères critiques visant toute l’équipe. La frustration de Tortorella s’était, entre autres, fait ressentir après la défaite de 4-3 en prolongation contre les Islanders. L’entraîneur américain avait alors mentionné que son équipe avait joué mollement en deuxième période, étant dominée 17-3 au chapitre des tirs. Il a aussi dit : « La deuxième période était gênante pour l’uniforme des Flyers de Philadelphie. La façon dont nous avons joué, c’était gênant. »

Bref, il doit être souvent difficile pour un joueur de voir son entraîneur constamment le critiquer ainsi.

Des bébés gâtés contre un entraîneur trop impulsif aux métodes très dépassées

s’il brise parfois des lois non écrites avec les journalistes, «Tort» ne se gêne pas aussi pour engueuler ses joueurs devant des millions de téléspectateurs puis de les abaisser encore plus entre les périodes. On a pu le voir entre autres avec, encore uen fois,  le jeune attaquant Bobby Brink :

Tortorella a ensuite gardé le jeune ailier droit sur le banc. On peut aussi voir sur YouTube la séquence où l’entraîneur engueule ce jeune joueur  de 22 ans qui a un gros total de 66 matchs d’expérience dans la LNH. Pire encore, lors d’une question avec un journaliste qui lui demande s’il va retourner Brink sur la patinoire  , Tortorella a dit carrément que son joueur était stupide. Il répond : «Pas avec ces stupidités. Il ne verra pas de glace». Voilà qui n’est pas très bon pour la confiance d’un joueur . Vous pouvez voir le tout en cliquant sur le lien ici :

https://youtube.com/shorts/d89Z_tMOTzI?si=L8r2ddwyC-Izpv4n

 

L’auteur de ces lignes à un grand ami appelé Marc Dickey, qui est un grand partisan des Flyers de Philadelphie et qui a de plus  déjà coaché longtemps dans le hockey mineur. Il a eu ces mots en voyant les siens qui n’offraient aucun effort dans le but évident de ne plus avoir à jouer sous les ordres de John Tortorella :

«Ils ont bien beau ne pas aimer le coach,  mais ils sont payés pour jouer. Ce sont des bébés gâtés. Il me semble de voir ça dans une usine. Imagine si le monde boude, car ils n’aiment pas le boss ! Les joueurs de la LNH devraient être payés avec la performance.»

Mon cher ami Marc a bien raison de dire que certains joueurs agissent comme des bébés gâtés, mais John Tortorella a aussi commis de nombreuses erreurs. Ses méthodes sont carrément dépassées. Comme il est plus facile de remplacer un entraîneur que 20 joueurs. La décision du directeur général des Flyers, Daniel Brière, devrait être assez simple.

 

La fin de Tortorella à Philadelphie

Après la défaite de  4-3 en prolongation contre les Islanders le 1er avril,  3 matchs avant la débandade contre les Canadiens de Montréal, Tortorella avait lancé un  cri du coeur à ses joueurs par l’entremise des médias et avait aussi eu ces mots :

« Ça revient toujours à : « Oh, ils vont cesser de vouloir jouer pour lui ». Ça me suit constamment. Si un joueur ou les joueurs ne veulent plus jouer pour moi parce que je tente de faire d’eux de meilleures personnes et de meilleurs athlètes, vous avez le mauvais ‘coach’ et les mauvaises personnes ici.»

Ce moment  qu’il laissait présager alors que ses joueurs ne voudraient possiblement plus jouer pour lui est maintenant une certitude. Les méthodes de John Tortorella ont fait plus de mal que de bien et ont fortement contribué à détruire tout ce que cette équipe avait bâtie de bien au cours de cette surprenante saison.  Il a trop poussé et trop manqué de respect à ses joueurs. Évidemement, un entraîneur doit aussi diriger et en pas laisser faire ses joueurs faire ce qu’il veut. Il doit imposer ses directives, mais il y a une façon de le faire et cette façon, de toute évidence, John Tortorella ne la possède plus.Pire encore, il ne semble pas vouloir apprendre de ses erreurs.

Pour son bien et pour celui de l’avenir des Flyers de Philadelphie, John Tortorella ne devra pas être de retour lors de la saison 2024-25. 

Les joueurs des Flyers ont lancé un message clair à la haute direction des Flyers avec cette horrible défaite contre les Canadiens de Montréal !    

Crédits photos du texte :
John Tortorella et Sean Couturier : Compte you Tube John Scott Dropping the gloves,

John Tortorella et Felix Sandström : Hockeysverige via MSN

John Tortorella au banc des Flyers : Sportsnet

 

Crédit photo d’entête : So Montreal


</p<>