Retour sur l’incident Scheifele-Evans: avons-nous tous vraiment agi de la bonne façon?



Par Guillaume Arcand

Jamais je ne vais cautionner le genre de gestes qui se sont produits le soir du 2 juin lors du match initial de la série Canadien-Jets. L’effort nécessaire pour se rappeler comment l’évènement était perturbant est énorme. Émotifs et radicaux sont ceux qui vont croire que ce genre de mise en échec ne me dérange pas du tout. Parce qu’également, je ne cautionne pas ce que certains de ces émotifs radicaux se sont justement permis de faire dans les jours suivant les gestes et qui ne regrette rien par la suite. Ces gens-là sont trop ancrés dans un délire pour réagir, laisser la situation passer, respirer, prendre du recul et se dire que cette réaction est seulement valide dans des cas exceptionnels.

Exagéré?

Après la mise en échec violente du numéro 55 des Jets, beaucoup de commentaires majoritairement anglophones prétendant qu’il s’agissant d’une mise en échec de nature légale et qu’aucune suspension ne devrait suivre.

Vous avez bien lu. Êtes-vous sous le choc et surpris? Moi aussi, je le suis.

Mais ces mêmes «’méchants anglos anti-Habs» comme certains d’entre vous aimaient les catégoriser à cause de telles affirmations ont vécu la même frousse mentale quand ils ont vu ce que plusieurs partisans du Canadien ont exécuté comme action par rapport à Mark Scheifele.

Premièrement, les pages Twitter et Instagram de l’agresseur ont été salies massivement par des sympathisants de la Ste-Flanelle le temps de quelques heures.

Je ne vais pas faire de Scheifele une victime, même s’il a dû désactiver la section commentaire. Une personnalité publique de cette ampleur doit assumer ce genre de conséquences… surtout quand il/elle y va d’un tel geste dans un évènement courtisé par un bon nombre de gens.

Cependant, si je pouvais montrer ces mêmes attaques quelques mois après les faits à une foule de gens n’étant pas au courant de l’histoire, de quoi ces individus auraient l’air?

Ce n’est que la pointe de l’iceberg. Surtout quand la liste est longue comme la Muraille de Chine…

Ça ne concerne qu’une infime minorité d’âmes ayant vraisemblablement manqué d’amour à la naissance, mais est-ce que vous vous souvenez des menaces de mort perpétrées à l’endroit de la famille du joueur de hockey plus détesté que Zdeno Chara au Québec sur une période de quelques jours?

Le pire, c’est qu’on dirait que cela a semblé ne pas faire l’affaire de dénonciations… comme si le problème Scheifele était plus important!

Et comme si son père, sa mère et cie étaient impliqués, directement ou indirectement, dans la blessure à Evans, ce qui est fou de croire à la base!

Ils étaient des milliers d’anglophones à défendre le numéro 55. Ce n’est pas que leur opinion est forcément meilleure, juste qu’étrangement, ils étaient beaucoup moins émotifs et plus posés dans le développement de leur théorie.

Et n’allez pas croire que ce sont tous des méchants anti-CH avec un gros parti pris. Au contraire, je parie que la plupart des auteurs de ces affirmations «pro-Schiefele»’ ont voulu que Montréal empêche Tampa de répéter en finale…

Si les rôles étaient inversés et que c’était un membre des Glorieux qui y allaient d’un tel geste, ces mêmes gens carburants à l’émotion auraient un raisonnement similaire à ces anglophones. J’en suis plus que certain.

Je ne sais pas qui a la meilleure opinion. Je sais cependant quel parti a su mieux géré ses émotions.

Impossible que 100% des québécois cautionnent présentement ce qu’il ont dit le soir du 2 juin.

Suspension méritée… dans le contexte

Un tel geste allait se mériter une suspension de 4 matchs. Ni plus ni moins.

Même si beaucoup de gens (qui parlaient étrangement tous français( quelle coïncidence!) ont plaidé pour une plus longue absence forcée.

Quand le Canadien fait un bon chemin en séries, l’émotif l’emporte autant facilement sur la réflexion que les Warriors sur les Cavaliers en finale 2017 de la NBA.

C’est la fête. Les gens ont du plaisir.

Je ne m’en plains pas. On est loin d’être dans un contexte où un sérieux est demandé.

Cette vague d’enthousiasme a amené les individus à croire que Scheifele aurait du être pénalisé de 8, 10, 12 matchs… ou même à vie!

Une suspension de 6 à 10 matchs s’agirait de quelque chose de compréhensible… en saison régulière! Pas en série.

Une aussi longue absence dans un contexte où tout peut se jouer en une séquence de 10 secondes, c’est énorme. Et on peut tous s’entendre que ce geste a coûté la saison des Jets, pas vrai?

Je ne sais pas si c’est sur le coup de l’émotion que les partisans de hockey réclamaient une punition dans les 2 chiffres pour le nombre de matchs, mais que ce soit 3, 4, 10, 20, 100, le résultat de la série aurait été le même.

Une suspension qui se serait étendue plus longuement sur la prochaine campagne, même si c’était 20 joutes en 2021-22, n’aurait été rien face au fiasco engendré chez le camp de la formation de Winnipeg suite à la perte soudaine de son meilleur joueur de centre face au Canadien.

La «petite» punition longue de 4 matchs est en fait très juste dans le contexte.

Voir ce qui s’est passé dans la série qualification Jets-Flames en 2020, quand l’instigateur du geste disgracieux contre Jake Evans s’est retiré dans les premières minutes dû à une blessure, nous explique pourquoi.

Réagir… et prendre du recul

Je ne suis pas ici pour traiter personne d’animal ou d’impulsif. C’est normal de s’insurger quand on voit autant de violence dans un seul geste.

C’en est même effrayant.

Je suis moi-même mal placé pour faire de tels reproches.

J’ai moi-même été très frustré par les gestes violents et inacceptables du récidiviste Tom Wilson du 3 mai dernier, qui n’a pas été suspendu. Deux jours plus tard, j’ai applaudi l’assaut violent de Brendan Smith sur le principal intéressé, l’appelant «MVP».

Même si Wilson ne pouvait pas se plaindre qu’il ne s’y attendait pas…

J’ai aussi été très élogieux envers Nicolas Aubé-Kubel, qui a, quelques jours plus tard, à l’aide d’un coup genoux contre genoux, blessé le numéro 43 des Capitals.

Aujourd’hui, 3 mois plus tard, je me dis que si c’était à refaire, je n’en ferais pas autant.

Même si, en évitant d’être un hypocrite qui cherche à bien paraître, que ces agissements étaient difficiles à éviter.

Mais ça ne change pas le fait que Wilson, même s’il s’agit presque d’une abomination pour le hockey moderne, ne mérite pas qu’on pile avec aplomb sur son intégrité physique.

C’est pour ça que je crois être en bonne position pour nommer le manque de réflexion après la situation.

Est-ce que plusieurs autres peuvent faire un même retour, cette fois sur la situation de l’assistant-capitaine des Jets, quitte à piler sur son orgueil?

Ce qui est assez troublant, c’est de voir tous ces gens ne pas se remettre en question par rapport à ce qu’ils ont dit ou fait.

Sous aucun prétexte. Même s’ils ont fait partie de ces gens souhaitant l’exécution, ou des blessures graves, à celui qui a fêté ses 28 ans le 15 mars dernier. Ou bien qui se sont mis à croire qu’il s’agissait du joueur le plus violent de tous les temps.

Je me dis qu’en même temps, c’est difficile d’y aller de réflexion du genre quand tout le monde pense presque la même chose et que cela est amplifié par un gros phénomène de chambre d’échos générés par les réseaux sociaux.

Malheureusement, prendre le côté de la victime ne nous donne pas tous les droits.

Scheifele n’est pas Tom Wilson

Quelques heures après la fin du match #1 de la série Canadien-Jets, j’ai reçu quelques messages d’un ami proche.

Pour vous résumer ce qu’il a dit: «Scheifele a beaucoup descendu dans mon estime, mais on ne va quand même pas le mettre dans notre liste noire collective pour ça».

Après quelques mois de réflexion, il a réitéré: «Je comprends les gens de le détester. Je comprends aussi les gens de ne pas le détester pour ça et qu’il s’agit de quoi de dégoûtant, mais isolé dans son cas.»

Ça, c’est ce que j’appelle résumer la chose avec perfection.

En reprochant les actions du joueur, sans le catégoriser comme étant le nouveau Sean Avery.

Si Scheifele mérite le statut d’ «ennemi numéro 1» au sein de la belle province selon une foulée de gens apparemment bien intentionnés, quel surnom il faudrait octroyer à Tom Wilson, dont les nombreuses conneries et gestes déplacés réalisés jusqu’ici supplantent toute tolérance de n’importe qui de rationnel?

Imaginez deux secondes si le gros attaquant des Capitals avait fait la moitié de tout ce qui le rend détestable depuis son entrée dans la LNH uniquement contre le CH.

Les partisans du Canadien le traiterait de quoi? De vidange? De pourriture? De terroriste? Toutes ces réponses?

Je n’aurais aucune objection si je voyais ce genre de vulgarité au sujet de l’ailier de 6’4 circuler sur les médias sociaux, peu importe les couleurs de l’équipe préférée encouragée par ces individus, en passant.

Le point avec Scheifele, c’est que c’est loin d’être Wilson.

Mais très loin. À des mégamètres.

C’est une formalité pour n’importe qui de moindrement familier avec le circuit Bettman.

Je peux concevoir dans ma tête que vu qu’il s’agit d’une action commise contre un joueur de la formation montréalaise, une recrue en plus, que le tout premier choix des Jets depuis leur grand retour en 2011 et son action à caractère violent soit moins bien perçu que Wilson.

Un geste à caractère violent, c’est un de trop, de toute façon.

Mais puisque Wilson a tellement perpétré d’actions dignes d’un animal sauvage qui n’est pas dressé que je ne les compte plus, il n’est pas exagéré du tout de dire qu’il mérite davantage d’être considéré comme un danger public plus que n’importe quel autre joueur de la LNH.

Absolument partout. Même dans la seule province canadienne uniquement francophone.

Parce que si le membre des Caps risque de continuer son entreprise de destruction de l’intégrité physique de tout ce qui ne porte pas un chandail de son club jusqu’à temps que la ligue le bannisse une fois pour toutes, je fais l’affirmation qu’on ne verra plus Scheifele être convoqué en audience par le préfet de discipline de la LNH.

Plus jamais. Vous l’avez lu ici. Car ce n’est pas un joueur violent de base. Contrairement à une pensée populaire alimentée par les émotions causées par la blessure d’Evans.

Et petite parenthèse.

Il n’y a rien de mal à en vouloir autant à un joueur pour un geste dégoûtant de la sorte. C’est toutefois incohérent et même hypocrite de voir ce même monde ensuite vouloir «attendre Nikita Kucherov de pied ferme la saison prochaine» après qu’il ait fait ce crime de guerre qui est d’être transparent et d’avoir une personnalité lorsqu’il a célébré son 2e championnat.

On va faire des gâteaux avec la photo de Scheifele écrit dessus «ennemi numéro 1» et les vendre sérieusement à l’épicerie, mais on va souhaiter que les joueurs du Canadien fassent la même chose à Kucherov car il a désobéi à la loi qui stipule que les joueurs doivent démontrer, en tout temps, une personnalité grise et vide!

Wow! Soit que ces personnes vivent dans une réalité parallèle… ou ils sont sur le coup de l’émotion.

C’est pour ça que je dis qu’il est important de faire un recul sur certains évènements où nos actions sont parfois très questionnables.

Donc Scheifele est le méchant. Très bien. Cela veut aussi dire que bien des gens au Québec ne méritent pas non plus d’être étiquetés «membre du camp des gentils» après avoir réclamé le décès de la famille du 55 ou une blessure sérieuse à Kucherov.

Crédit photo: NHL, Facebook (Complete Hockey News), Petit Petit Gamin