Martin St-Louis :le meilleur entraîneur des Canadiens des 25 dernières années
Daniel Vanier
Le métier d’entraîneur d’une équipe de hockey professionnel n’est jamais un travail facile. C’est encore plus vrai lorsqu’on évolue dans une ville qui carbure au hockey comme c’est le cas à Montréal. Toutefois, Martin St-Louis continue de démontrer de belles choses et de faire taire de plus en plus ses détracteurs.
Nommé au Jack-Adams
Les partisans des Canadiens ont la mèche très très courte. Bien que la grande majorité a accepté que leur équipe favorite entame une reconstruction, ce ne sont malheureusement pas tous qui comprennent que cela prend aussi du temps si nous voulons l’effectuer de la bonne façon. Dès lors, il va y avoir des moments plus difficiles. Cependant, lorsque ces moments plus ardus se produisent, il arrive que certains partisans plus impatients ne voient plus les progrès effectués et focalisent plutôt sur certains aspects négatifs. On tire alors à boulets rouges sur pratiquement tout ce qui bouge et l’entraîneur-chef est plus souvent qu’autrement la cible favorite.
Martin St-Louis est loin d’être parfait, mais il effectue tout de même du très bon travail en général. Cependant, lorsque l’équipe va moins bien, on le critique énormément. Il reçoit alors des attaques mesquines, la plupart visant son manque d’expérience comme entraîneur. L’ancien joueur vedette du Lightning a maintenant terminé sa 3e saison complète comme entraîneur dans la Ligue nationale de hockey. Il a aussi évolué une demi-saison en remplacement de Dominique Ducharme. Pourtant, lorsque l’équipe va moins bien il est souvent traité de «coach pee-wee» sur les réseaux sociaux.
Toutefois, au final son travail a été plus louangé que critiqué, car il a été nominé au trophée Jack-Adams honorant le meilleur entraîneur de la LNH.
Les 2 autres nominés pour ce prestigieux trophée étaient Scott Arniel des Jets et Spencer Carbery des Capitals.Notons simplement au passage que les Jets et les Capitals sont deux formations beaucoup plus puissantes sur papier que les Canadiens de Montréal. Scott Arniel et Spencer Carberry ont toutefois fortement contribué aux succès de leur équipe.
Spencer Carberry l’emporte et établit un record
Le gagnant du trophée Jack-Adams est choisi par un vote à travers l’association des diffuseurs de la LNH, la National Hockey League Broadcasters Association. Cette année, le choix des experts a finalement été Spencer Carberry des Capitals.
Ce fut un excellent choix. Sous la gouverne et les précieux conseils de Carbery pour une deuxième saison, les Capitals ont compilé une fiche de 51-22-9 et ont terminé au deuxième rang du classement général de la LNH et en tête de l’Association de l’Est pour une première fois depuis 2016-2017.
Les Capitals ont amassé 20 points de plus que la saison précédente, grâce notamment à leur attaque très efficace qui a inscrit 68 buts de plus que la saison 2023-24.
De plus, Carbery a réussit établir un record dans le hockey professionnel. En obtenant ce trophée dans la LNH, il a réussi à devenir le premier à être nommé entraîneur de l’année dans l’ECHL, la Ligue américaine de hockey et la LNH.
Il avait gagné le prix John-Brophy, dans l’ECHL, en 2013-14 avec les Stingrays de la Caroline du Sud, et le prix Louis-A.-.R.-Pieri, dans la LAH, en 2020-2021 avec les Bears de Hershey. C’est donc tout un accomplissement pour Spencer Carbery :
The Jack Adams Award is presented to the head coach "adjudged to have contributed the most to his team’s success” as voted by members of the NHL Broadcasters’ Association.
Spencer Carbery is the first coach ever to win coach of the year awards in the NHL, AHL and ECHL.
— Washington Capitals (@Capitals) June 7, 2025
Martin St-Louis est une des grandes raisons des succès de son équipe
Le trophée Jack-Adams est remis annuellement à «l’entraîneur qui a le plus contribué aux succès de son équipe». C’est une phrase qui définit très bien le travail remarquable qu’a effectué Martin St-Louis avec le Tricolore lors de la saison 2024-25. Lorsque les Canadiens se sont mis a accumuler les victoires, principalement après la pause permettant le tournoi des 4 Nations, ce n’était pas une simple histoire d’être sur une bonne séquence. Les Canadiens formaient alors l’équipe de l’heure. Nous pouvions alors voir une formation qui gagnait chaque jour en confiance et qui était prête à relever tous les défis qui se dressaient devant elle. Cette transformation, c’est à Martin St-Louis qu’on la devait. C’est lui qui fait comprendre à ses jeunes joueurs qu’ils étaient plus forts lorsqu’ils évoluaient en équipe, lorsqu’ils formaient ensemble un tout. St-Louis s’est parfois démontré entêté selon certains observateurs, mais lentement mais sûrement, il a fait gagner à sa troupe de la maturité et de la constance. St-Louis a su insuffler une nouvelle mentalité à son groupe, transformant une jeune équipe souvent maladroite en un collectif affamé et discipliné. Le coach a démontré une capacité remarquable à s’adapter.St-Louis a montré qu’il était prêt à prendre des décisions audacieuses pour maximiser les forces de son groupe. Cette maturité, on la voit dans chaque match. L’équipe ne se contentait plus de survivre, comme c’était trop souvent le cas lors de la saison précédente. Elle s’impose, elle grandit, elle impressionne. L’ironie est flagrante : celui qui était censé s’effondrer sous la pression est aujourd’hui le capitaine d’une équipe renaissante. Une équipe qui aura participé aux séries éliminatoires, surprenant ainsi tous les experts gravitant autour de la planète hockey. St-Louis n’a jamais semblé aussi en contrôle, que lorsque la tension était de plus en plus forte. Il a su inspirer ses joueurs avec une son approche humaine et surtout avec une vision claire du hockey moderne. St-Louis est proche de ses joueurs, il n’est pas un dictateur, il va dialoguer beaucoup, mais attention il faut aussi respecter ses directives sinon il n’hésitera pas à punir les fautifs. Toutefois il n’ira jamais descendre un de ses joueurs en public. Une erreur qui a été trop souvent commise par certains de ses prédécesseurs.
Même Scotty Bowman est impressionné
Un des plus grands entraîneurs de l’histoire des Canadiens de Montréal et assurément aussi un des meilleurs entraîneurs de l’histoire de la LNH tout court, Scotty Bowman, avoue lui aussi qu’il est impressionné par le travail de Martin St-Louis. Dans une très intéressante entrevue qu’il a offerte à Marc de Foy du Journal de Montréal le 10 mai 2025, Bowman qui a maintenant 91 ans bien sonné, mais qui conserve son excellente mémoire disait qu’il avait surtout été impressionné par la volonté de vaincre de Martin St-Louis. Il l’avait comme joueur et l’a conservé comme entraîneur. Pour lui, c’est cette force de caractère incroyable qui faisait qu’à ses yeux l’embauche de l’entraîneur inexpérimenté qu’était Martin St-louis par les Canadiens ne posait aucun problème. Bowman a mentionné ceci à propos de Martin St-Louis :
« Il accomplit son travail avec la même confiance qui l’animait lorsqu’il jouait. Il croit en ce qu’il fait. »
Le meilleur entraîneur des Canadiens des 25 dernières années
Martin St-Louis n’aura finalement pas été élu entraîneur de l’année dans la Ligue nationale de hockey, mais il est assurément le meilleur entraîneur des Canadiens de Montréal depuis les 25 dernières années. Nous avons fait une analyse en profondeur de son travail que vous pourrez lire dans les lignes qui vont suivre.
Voici tout d’abord la liste des entraîneurs des Canadiens de Montréal depuis 2000:

Comme nous pouvons le constater, Martin St-Louis est le 11e entraîneur a diriger le Tricolore depuis l’an 2000. 3 des 10 entraîneurs précédents, soit Michel Therrien, Claude Julien et Bob Gainey ont effectué 2 passages à la barre de l’équipe. Bob Gainey était toutefois le directeur général du CH et fut seulement là le temps qu’il déniche un entraineur. Il a donc dirigé 41 parties la première occasion et seulement 16 parties lors de la 2e. Les autres furent Guy Carbonneau, Jacques Martin, Randy Cunneyworth (seulement pour 50 parties) et son prédécesseur, Dominique Ducharme qui aura finalement dirigé les Canadiens pour un total de 83 parties.
Le 2e meilleur pourcentage de victoire depuis 2000
Martin St-Louis a présentement dirigé les Canadiens pendants 3 saisons complètes en plus de 37 matchs lors de la saison 2021-22 en remplacement de Dominique Ducharme. Cela lui donne un total de 283 parties comme entraîneur. Il n’a pas de pourcentage de victoire pour la 1re saison, car il n’a pas dirigé assez de parties. En 2022-23, il a terminé avec un pourcentage de victoires de 0.415, en 2023-24, avec 0.463 et avec 0.555 lors de la dernière saison. Comme on peut le voir, il a progressé de saison en saison et sa moyenne de pourcentage de victoires lors des 3 dernières saisons est de .478.
Depuis 2000, seulement 4 autres entraineurs ont dirigé les Canadiens de Montréal durant au moins l’équivalent de 164 parties ( 2 saisons). Ce sont Guy Carbonneau, Jacques Martin, Michel Therrien et Claude Julien.
Si nous regardons les autres entraîneurs du Tricolore, outre Martin St-Louis, qui ont dirigé pendant au moins 2 saisons, Martin St-Louis a la 2e meilleure moyenne de pourcentage de victoires avec sa moyenne de .478.
Seul Michel Therrien le devance avec .500 lors de son passage entre 2012 et 2017. Jacques Martin arrive au 3e rang avec .462 en 196 parties. Suivent ensuite Guy Carbonneau (.417 en 230 parties) et finalement Claude Julien (.416 en 277 parties).
Un entraîneur offensif qui fait confiance aux jeunes

Crédit photo : Eliot J. Schechter
Nous ne pouvons toutefois pas seulement évalué un entraîneur avec la statistique du pourcentage de victoires. Il faut tenir aussi compte du contexte, voir si c’est une équipe en reconstruction ou plus aguerrie et évidemment des joueurs qu’ils ont sous leurs ordres et de l’utilisation qu’ils en font. Ce qui plait le plus à l’auteur de ces lignes chez Martin St-Louis est justement la façon qu’il utilise ses jeunes joueurs. Il ne craint pas de leur faire confiance. Ce n’était vraiment pas le cas de ses prédécesseurs. Doit-on rappeler que lors de sa dernière saison comme entraineur, Claude Julien s’entêtait à utiliser Nick Suzuki seulement sur le 4e trio ? Ce dernier ne s’est pas laissé abattre et suite à ses bonnes performances, Julien n’a pas eu d’autres choix que de le faire gravir les échelons plus rapidement que ce qu’il avait prévu en le faisant évoluer sur son top 6. Lorsque Dominique Ducharme a remplacé Claude Julien, l’auteur de ces lignes croyait enfin que les Canadiens avaient nommé un entraîneur qui n’aurait pas peur de faire confiance à ses jeunes. Malheureusement, Ducharme fut une déception à ce niveau. Il a plutôt copié le style conservateur de Claude Julien. Michel Therrien et surtout Jacques Martin étaient aussi deux entraîneurs de la vieille école qui préconisaient, eux aussi, un style où toutes les missions importantes étaient confiées aux vétérans.
De plus, Therrien, Julien et surtout Jacques Martin préconisaient un style défensif complètement éteignoir avec des joueurs qui étaient retenus et brimés. Ils devaient être drabes, sans couleur et évoluer dans un carcan défensif extrêmement sévère. Les Canadiens de Montréal formaient alors durant très longtemps une équipe «plate à mourir» pour le style de jeu, mais qui parvenait à amasser assez de points pour participer aux séries éliminatoires, sans jamais avoir le talent pour se rendre loin dans celles-ci.
Martin St-Louis préconise un style beaucoup plus offensif et c’est vraiment rafraichissant pour les partisans du Tricolore. Il laisse libre cours à ses joueurs d’exprimer leur talent sans les retenir. Je ne suis pas certain du tout qu’un joueur comme Lane Hutson aurait eu autant de liberté sous la gouverne des 3 entraîneurs que j’ai mentionnés dans le paragraphe précédent.
Un coach à l’écoute de ses joueurs…et de son vestiaire

Crédit photo : Rumeurs de transaction
Martin St-Louis offre un coaching différent. Ses jeunes joueurs sont utilisés à toutes les sauces et apprennent à gagner de la confiance. Lorsque le directeur général des Stars de Dallas, Jim Nill, a pris la LNH par surprise vendredi le 6 juin dernier, en congédiant leur entraîneur aguerri, Peter Deboer, il a émis la déclaration suivante lorsqu’il mentionnait le style d’entraîneur que les Stars recherchaient pour remplacer DeBoer :
« Un coach qui comprend ce que vivent les gars, qui peut bâtir une relation de confiance et pas juste imposer sa loi comme un général »
C’est exactement la description de Martin St-Louis.
L’ancien joueur vedette du Lightning St-Louis a toujours été un très bon meneur d’hommes. Il l’était comme joueur et l’est demeuré comme entraîneur. C’est un motivateur hors pair et un professeur efficace, mais il est aussi un confident attentionné.
«MSL» possède une personnalité des plus charismatique. Comme entraîneur il préconise une approche humaine. Sa plus grande qualité est d’ailleurs sans aucun doute, sa capacité à inspirer ses joueurs sans en déprécier d’autres dans l’équipe. Jamais non plus il ne va tenter d’écraser un de ses joueurs pour prouver son autorité. C’est une qualité qui fait que le vestiaire des Canadiens est aussi soudé. Martin St-Louis est très a l’écoute de son vestiaire.
Peter DeBoer a probablement commis une forte erreur en ce sens lorsqu’il a décidé de retirer son gardien vedette, Jake Oettinger, après deux tirs et deux buts en match éliminatoire. Oettinger était en colère, et ses coéquipiers étaient visiblement déçu.
D’un autre côté, Michel Therrien avait perdu beaucoup de plumes le 4 novembre 2016. C’était le fameux soir où il avait pris la décision d’humilier le gardien réservistes des Canadiens de l’époque, Al Montoya, en le laissant devant le filet, bien qu’il connaissait une soirée affreusement difficile. Le match s’était alors soldé par la marque de 10-0 en faveur des Blue Jackets de Columbus. De nombreux partisans avaient alors exprimé leur colère après cette honteuse partie en s’expliquant mal comment Michel Therrien avait pu laisser Al Montoya se faire martyriser de la sorte.
Therrien avait déjà eu un comportement douteux dans son passé avec ses formations. Lorsqu’il dirigeait les Penguins de Pittsburgh. Il venait à peine d’être nommé entraîneur-chef qu’il est allé descendre sa brigade défensive publiquement en avec cette fameuse phrase : «Je commence vraiment à penser que l’objectif des défenseurs des Penguins est de devenir la pire brigade défensive de la ligue».
Disons que ce n’est pas le genre de déclaration publique que les joueurs apprécient. Il va sans dire que les entraîneurs sermonnent leurs joueurs de temps à autre. Martin St-Louis ne fait pas exception. Cependant, le faire de façon publique est très négatif. St-Louis ne commet jamais cette erreur. Les partisans et les journalistes sont parfois frustrés de le voir si calme, voir si paternel en entrevue. Mais c’est beaucoup mieux qu’être un dictateur et passer des messages en public à la John Tortorella.
Martin St-Louis contrôle vraiment cet aspect de main de maître et c’est tout en son honneur.
Prolonger Martin St-Louis: un excellent investissement
C’est tous ses aspects qui font que Martin St-Louis est passé de coach sans expérience à un modèle à suivre pour les autres organisations de la LNH. Autant pour celles qui sont en reconstruction, que pour celles qui rêvent de la Coupe Stanley. Les Canadiens ont exercé l’option de deux saisons de prolongation sur le contrat initial de trois ans signé en juin 2022 Martin St-Louis a prolonger son contrat avec les Canadiens de Montréal jusqu’à la fin de la saison 2026-2027.Il gagne maintenant 5 millions de dollars par années. Il possède donc le troisième plus gros salaire de la LNH pour un entraîneur-chef, derrière Mike Sullivan (6 M$) à New York et Jon Cooper (5,3 M$) à Tampa Bay.
Rappellez-vous qu’après les deux premières défaites des Canadiens dans la série contre les Capitals, de nombreux partisans et plusieurs journalistes tels que Jean-Charles Lajoie, estimaient que Martin St-Louis n’était plus l’homme de la situation et que les dirigeants des Canadiens devaient le congédier après les séries éliminatoires.
Pierre McGuire, ancien assistant-DG et analyste respecté, avait alors offert un plaidoyer passionné pour défendre St-Louis :
« Martin fait les choses à sa manière. Il prône l’énergie positive, le coaching constructif. Ceux qui veulent le congédier ne connaissent pas le hockey. Il devrait être finaliste pour l’entraîneur de l’année. Le congédier serait une erreur monumentale. »
La déclaration de Pierre McGuire a aujourd’hui l’air d’une véritable prophétie.
Ce fut une décision extrêmement judicieuse de la part de Kent Hughes, car sinon Martin St-louis Continuerait aujourd’hui de faire son excellent travail avec une autre équipe.
C’est une certitude qu’il ne serait pas demeurer longtemps chômeur.
À la lumière de tout ceci, force est d’admettre que Martin St-Louis est le meilleur entraîneur qui a dirigé les Canadiens de Montréal depuis l’an 2000. Êtes-vous d’accord avec cette analyse et cette conclusion ? N’hésitez pas à nous faire part de votre opinion dans la section des commentaires !
Crédit photo d’entête : Danslescoulisses.com
Sources : «Scotty Bowman aime ce qu’il voit du Canadien», Marc De Foy, Le Journal de Montréal.
.«Spencer Carbery remporte le trophée Jack-Adams», Ici Radio-canada
