Le 1er joueur autochtone de l’histoire de la LNH



Par Daniel Vanier

Le site NHL.com nous a annoncé la triste nouvelle du décès de Fred Sasakamoose qui a succombé à la COVID-19 mardi dernier :

Tom Renney a tenu a l’honorer et a rendu hom mage à sa grande persévérance:

Pour l’occasion, Le 7e Match avait envie de rendre hommage à Fred Sasakamoose en republiant un texte que nous avions écrit sur lui en janvier 2018.

Ce texte nous était venu à l’esprit suite à un moment survenu vers la fin de l’année 2017 et qui avait beaucoup piqué notre curiosité.
Lors d’un match contre les Blackhawks de Chicago, les Oilers d’Edmonton ont honoré Fred Sasakamoose qui fut le 1er joueur autochtone de l’Histoire de la LNH:


Voici donc sans plus tarder l’histoire de Fred Sasakamoose qui est une hiostoire de résilience incroyable.

La dure et belle histoire de Fred Sasakamoose

Pour ma part, je n’avais jamais entendu parler de ce joueur. Cela a donc éveillé ma curiosité. J’ai fait alors des recherches et avec entre autres un bel article de The Globe and Mail, j’ai pu découvrir l’histoire de Fred Sasakamoose. Je vous la partage aujourd’hui!

Une enfance difficile

Bien que Fred Sasakamoose est né un 25 décembre de l’année 1933, son enfance fut loin d’être un conte de Noël!
Il provient d’une famille de 11 enfants. On peut dire que dès sa jeunesse, il avait une âme de survivant, car sur 11 enfants, seulement 5 ont survécu à leur enfance. Quatre de ses frères et sœurs (2 paires de jumeaux) sont décédés de la variole. Il n’y avait pas d’électricité dans la maison de bois de la famille. Seulement des couvertures faites de peaux de lapin pour se réchauffer. La lumière provenait d’une lampe fabriquée avec des chiffons tressés ensemble et trempés dans de la graisse d’orignal.

Ses premiers coups de patin

C’est son grand-père, qui était sourd, qui lui a enseigné à patiner. Lorsque Fred était un bambin, son grand-père glissait 5 paires de bas sur ses pieds puis des mocassins. Ensuite, il attachait les patins du petit maigrichon qu’était Fred. Alors, il mettait gentiment le tout-petit sur la glace. Ils passaient des heures ensemble sur cette patinoire. Freddie patinant et le grand-père assis sur un sceau souriant et relevant son petit-fils, à chaque fois qu’il trébuchait.

« J’ai beaucoup de bons souvenirs avec lui », dit Sasakamoose en éclatant en sanglots.

Si ce n’avait pas été de son grand-père adoré, Fred ne serait jamais devenu le premier autochtone à jouer dans la LNH!
Sasakamoose fut rappelé des Canucks de Moose Jaw, à la fin de l’année 1954. Il a joué 11 matchs pour les Blackhawks de Chicago .

Un rêve devenu réalité

Il avait donc à peine 21 ans lorsqu’il disputa son 1er match dans la LNH. Il affrontait Maurice Richard! Le moins qu’on puisse dire c’est que le jeune homme qu’il était fut vivement impressionné par le Rocket:

« C’est incroyable lorsque tu es face à face avec Rocket Richard lors d’une mise au jeu. Ses yeux te regardent comme ceux d’un tigre! »

Le petit garçon de Debden en Saskatchewan aura donc affronté entre autres les Maurice Richard, Gordie Howe, Jean Béliveau et Tim Horton, pendant sa courte carrière dans la LNH.

À cette époque, la LNH ne comptait que 6 équipes et seulement 125 joueurs. Fred Sasakamoose a réussi à être un de ceux-ci! Tout un accomplissement quand on pense que son 1er équipement était composé d’une branche d’arbre comme bâton de hockey et d’une bouse de cheval comme rondelle!

Arraché à sa famille

Fred Sasakamoose était âgé de 6 ans lorsqu’un prêtre et un agent du département des affaires indiennes sont venus l’enlever, en compagnie de son frère âgé de 8 ans, de la maison familiale. Roderick et Sugil Sasakamoose étaient pauvres, mais des parents aimants. Ils furent menacés de prison s’il refusait de remettre leurs 2 garçons aux autorités venues les chercher.
Un énorme camion était stationné en face de la maison. Le petit Fred pouvait entendre les autres enfants pleurer. Une 30aine d’enfants était déjà à l’intérieur.

Il n’avait rien que les parents pouvaient faire.Le grand-père qui ne pouvait presque pas parler hurlait et s’agrippait au petit Freddie. Il fut rudement repoussé. Les petits Sasakamoose durent grimper dans le camion.
Après 5 heures de route, ils sont arrivés à la St. Michael’s Indian Residential School, située à Duck Lake. C’est là que Fred a passé les 10 prochaines années de sa vie, séparé de ses parents.

L’école était entourée d’une énorme clôture surmontée de fils barbelés. Les longs cheveux des garçons furent coupés. Cette école était en fait, une prison.

Fred allait aussi y subir les pires sévices. Il fut maltraité physiquement et verbalement et abusé sexuellement.

Des actes comparés à un Genocide

Cet affreux système des écoles résidentielles avait été établi au Canada dans les années 1880 et a existé au-delà de 100 ans. Durant cette période plus de 150,000 enfants furent enlevés de leurs familles et placés dans plus de 130 écoles. Les actes infâmes qui y ont été commis ont mené à la plus grande poursuite de l’histoire canadienne et créée la formation , en 2008, de la Truth and Reconciliation Commission (TRC).

Le procès fut conduit à travers le Canada durant 5 ans, avec le témoignage de milliers de victimes d’atroces abus. Dans un rapport final, émis le 15 décembre, la commission a dit que le système des écoles résidentielles a résulté en une forme de génocide culturel. Il a affaibli les liens familiaux et mené à la perte de la fierté et du respect pour le peuple autochtone.

En 2008, le gouvernement fédéral s’est excusé pour ses actions et depuis, plus de $2 milliards de dollars ont été versés en réparations. Cependant aucun montant d’argent ne sera suffisant pour réparer les dommages qui ont été causés.

Le hockey a mis du baume sur ses plaies

Le seul moment où le petit Sasakamoose pouvait quelque peu oublier toutes ces horreurs fut lorsqu’il jouait au hockey. En 1944, le père Georges Roussel arrive de Québec et prend le poste de directeur des activités athlétiques ainsi que celui de coach de hockey. Il reconnait alors l’immense talent de Fred. Il l’invite à jouer avec l’équipe de l’école et lui fait pratiquer son patin 3 à 4 heures par jour.

Les résultats ne se firent pas attendre! En 1947-48, l’équipe de Duck Lake atteint la finale pour le Championnat provincial provincial midget . Ils perdront toutefois le match de la finale. Ils se reprennent l’année suivante et, menés par leur joueur étoile Fred Sasakamoose, ils emportent le tournoi!

Les prouesses du jeune Sasakamoose furent remarquées par George Vogan, le directeur général des Canucks de Moose Jaw. Il offre alors à Fred de jouer pour lui dans la Western Canada Hockey League.

Le jeune homme dut surmonter ses peurs. Il était le seul indien dans un vestiaire composé de blancs. Il réussit, après de nombreuses difficultés à le faire et en 1953-54, sa dernière saison avec Moose Jaw, Sasakamoose fut élu le joueur le plus utile de la ligue de Western Canada. Le petit centre de 5- pieds 8 pouces et 165-livres, avec un lancer frappé puissant et une vitesse vertigineuse fut rappelé par les Blackhawks!

L’entraineur George Vogan est entré dans le vestiaire puis a annoncé la bonne nouvelle: il va jouer au Maple Leafs Garden lors de la soirée Hockey Night in Canada !

Après un moment de stupéfaction, le vestiaire éclate alors en immenses cris de joie! Tous font une chaleureuse accolade à leur coéquipier devenu tant apprécié!

Le plus beau moment de sa vie

Fred Sasakamoose est à jamais reconnaissant à George Vogan. Grâce à lui, il a vécu les plus beaux moments de sa vie tumultueuse.

Voici d’ailleurs une copie de son contrat:


Sasakamoose s’est vu offrir un contrat de $6000 dollars le 15 septembre 1953! Pour lui c’était une somme immense. il a fêté cela avec l’achat d’une belle voiture une DeSoto ’54 qu’il a payée $3,900s

Une dure histoire qui se termine bien

Aujourd’hui, Fred Sasakamoose continue de vivre sa passion du hockey en conseillant les jeunes amérindiens de sa communauté qui jouent au hockey.

Il voudrait simplement que son histoire fût connue et que les gens comprennent mieux d’où il provient

 » Je crois que les gens vont comprendre mieux mon histoire et d’où je proviens. J’ai dû me battre pour le succès, dans un monde extérieur que je ne connaissais pas. Un monde qui n’était pas fait pour moi. Ce fut vraiment difficile pour moi d’être en public dans une société blanche. C’était encore plus dur, parce que ma vie s’est déroulée loin de mes parents. Je n’ai jamais reçu un câlin ou un baiser pendant 10 ans. »

Cher monsieur Fred Sasakamoose, votre histoire mérite en effet d’être connue. Vous avez ouvert la voie à d’autres joueurs vedettes autochtones des années 1970 tels que Reggie Leach, Bryan Trottier et Stan Jonathan. Nous vous félicitons pour cet immense accomplissement!

`Si vous voulez en savoir plus:

Un livre est aussi sorti sur la vie de Fred Sasakamoose. Le titre est Cheval indien.Il fut écrit par Richard Wagamese et publié chez la maison d’édition XYZ:

Vous pouvez aussi voir les statistiques de Fred Sasakamoose juste ici:
http://www.hockeydb.com/ihdb/stats/pdisplay.php?pid=4770

Crédit photo et source: The Globe and Mail

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KK prend de plus en plus confiance et c’est de bon augure pour les partisans des Canadiens :

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