La LNH doit absolument tirer une leçon du cas de Joe Murphy
Par Daniel Vanier
Comme vous le savez, nous avons eu un long moment sans pouvoir écrire. Il ya donc des histoires qui sont arrivées dont nous n’avons pu parler. Il y en a une en particulier sur laquelle je voulais vous entretenir, même si plusieurs d’entre vous l’ont possiblement déjà vu ailleurs sur le web. Je crois qu’une telle histoire doit être vue par le plus de gens possible. Je la repasserai rapidement dans ce texte sans trop revenir sur les détails. Je crois que la LNH doit apprendre de ce drame. Voici donc la triste histoire de l’ancien choix de première ronde au total de l’encan de 1986, Joe Murphy.
Ses meilleurs moments à Edmonton

Joe Murphy a connu une bonne carrière dans l’ensemble. Il a terminé avec 233 buts et 295 passes pour un total de 528 points en 779 matchs. C’est avec les Oilers d’Edmonton que Murph a connu ses meilleurs moments ainsi que sa meilleure saison en 1991-92 avec 82 points en 80 parties.
Joe Murphy évoluait principalement avec Adam Graves et Martin Gelinas avec Edmonton. Ce trio qu’on aperçoit sur la photo plus haut était surnommé la Kid line et a donné un gros coup de main aux Oilers pour gagner la Coupe Stanley en 1990.
Il a du quitter dans la honte
En 1999-2000 Joe Murphy évolue avec Les Bruins de Boston. À un certain moment, il a une sérieuse prise de bec avec son entraîneur-chef de l’époque, Pat Burns. Il avait eu aussi précédemment des disputes avec des coéquipiers. Les Bruins de Boston en ont eu assez et l’ont suspendu.Par la suite, ils l’ont placé au ballotage, où il fût réclamé par les Capitals de Washington. Murphy y a passé deux saisons. Il aura joué 29 matchs la première saison. La 2e fut celle où il a atteint le fond du baril. Il n’a le temps que de jouer 14 matchs avant qu’une tache honteuse viennent assombrir encore plus son dossier. Après un souper d’équipe. Murphy quitte les lieux seul. Il sera alors impliqué dans une altercation dans un bar alors qu’il tentait de forcer une femme à le suivre dans une limousine. Le joueur des Caps fut frappé à la tête à l’aide d’une bouteille, par le conjoint de cette dernière. Les Capitals en pont assez et décide de le libérer. Après cette sordide histoire, Murphy n’a plus jamais foulé une patinoire de la LNH.
Aujourd’hui il est devenu un itinérant dans la petite ville de Kenora, dans le nord-ouest de l’Ontario.
Victime de commotion cérébrales
Joe Murphy n’était pas reconnu comme un grand bagarreur. C’était avant tout un marqueur. Cela ne voulait pas dire qu’il ne détestait pas jeter les gants de temps à autre. Il a même connu un sommet de 111 minutes de pénalités avec les Blackhawks de Chicago en 1993-94.
On peut le voir ici dans une bagarre qui s’est déroulée finalement dans le corridor contre Boris Mironov des Oilers alors que Murphy évoluait avec les Sharks de San Jose en 1998 :
Ces quelques bagarres, mais surtout les nombreuses mises en échecs qu’il a reçus en carrière, ont fait que Joe Murphy a subit de multiples traumatismes crâniens, incluant même une fracture du crâne. Voici ce qu’il disait à ce sujet au journaliste Mike Aiken le 7 juillet 2018:
“C’est un sujet très sérieux les commotions. J’ai souffert d’une horrible et sérieuse commotion qui m’a affaibli pour un long moment. Par la suite, je me faisais frapper et il y avait comme des
mouches à feu autour de moi tout le temps. Je voyais cela partout. Même vers la fin de ma carrière, je frappais un gars et boom ! Ces choses étincelantes arrivaient. C’était vraiment difficile.”
La LNH refuse de l’aider
Une fois sa carrière terminée, Joe Murphy a pris la peine d’appeler la Ligue Nationale en disant «Je ne file pas bien, j’ai besoin d’aide.» On lui a répondu : «Tu n’es plus dans la LNH, on ne peut pas t’aider.» Fin de la discussion, on avait déjà raccroché du côté de la LNH.
Par la suite, plusieurs joueurs ont communiqué avec la ligue et ont demandé comment il pouvait l’aider. Ils ont aussi rejoint Joe Murphy , mais cette fois c’est Murphy qui a répondu qu’il n’avait pas besoin d’aide. Puis il est disparu de la carte avant que le réseau TSN le retrouve en Ontario.
Si vous l’avez raté, vous pouvez l’excellent et touchant reportage de TSN en cliquant dans le bas du tweet suivant :
“It’s devastating. He’s my brother. What am I supposed to do?”
From @rwesthead: Joe Murphy was a 1st overall #NHL Draft pick and a Stanley Cup champion…but is now living homeless.
What can be done to help?
‘Finding Murph’ – WATCH: https://t.co/slKag6EKly pic.twitter.com/maaOlF4aFL
— TSN Hockey (@TSNHockey) 22 août 2018
L’ancien journaliste Tom Lapointe avait mis un très beau mot sur sa page Facebook après avoir visionné le reportage. Je vous le partage ici :
La vie de Murphy a basculé dans la drogue, l’alcool, la déprime et le désespoir après une assassine mise en échec.
Ironiquement par un joueur des Wings dans les années 90.
Alors qu’il portait les couleurs des Oilers d’Edmonton.
Avec qui il a remporté une Coupe Stanley en 1990.
La dernière de la dynastie des Oilers d’après Gretzky.
Murphy a tout perdu depuis ce coup à la tête.
Ou plutôt il a tout délaissé parce que ce n’est plus lui qui commande sa vie et ses neurones.
Il a laissé sa femme, sa fille, sa famille, ses amis, ses proches.
Il a perdu ses repères, ses pairs et impairs dans le hockey.
Il a perdu sa raison et sa vie.
Murphy ne veut plus d’aide aujourd’hui.
Les soudaines aides de l’association des joueurs ou de la LNH n’y changeront rien.
Mais ce reportage servira d’exemple.
J’espère.
Bien que l’argent achète et se paie des consciences.
Sauf ceux qui souffrent.
Les SDS sont tous malades et ont besoin de vous.
Que ces SDF soient superstar, artiste, journaliste, plombier, camionneur ou cordonnier.
Seuls les SDF se comprennent entre eux.
Dans leur tête.
Dans leur survie.Tom Lapointe
La ligue doit venir en aide
Comme Tom Lapointe, je souhaite ardemment que le reportage de TSN sert d’exemple. La LNH doit intervenir.
Joe Murphy était au nombre des joueurs qui ont entamé une poursuite qui, pour le moment, n’a pas fonctionné contre la LNH. Voici ce que son avocat, Michael Cashman avait déclaré au réseau TSN en juillet:
« Mr. Murphy a souffert de multiples traumatismes crâniens durant sa carrière dans la LNH qui avait été improprement diagnostiqués et traités par la LNH. Mr. Murphy n’a jamais été averti par la LNH des effets négatifs sur sa santé de ces traumatismes crâniens. »
Le nombre de commotions cérébrales qu’a subit Joe Murphy au cours de sa carrière est inconnu. Ce n’est pas clair non plus que ces ont ces blessures qui ont contribuées à le rendre itinérant. Chose certaine, elles n’ont pas aidé l’état mental de l’ancien joueur. Tout comme les médicaments qui ont été prescrits par les médecins des équipes pour lesquelles Murphy a joué dans le but qu’il puisse revenir au jeu plus rapidement
Les discussions sur les commotions et blessures au cerveau dans les sports ont été l’objet de discussions fiévreuses dans les dernières années après qu’une centaine de poursuites judiciaires ont été faites par d’anciens joueurs de la NFL et leurs famille. Ceux-ci disaient que la Ligue n’a jamais proprement dévoilé le lien entre le football et les traumatismes crâniens.
Dans la LNH, les cas sont aussi de plus en plus nombreux. En 2011 l’ancien Red Wings Bob Probert fut diagnostiqué avec cette maladie et Johan Franzen n’a pu revêtir l’uniforme des Wings depuis 2015-16 et encore c’était seulement pour 2 matchs. Il continue aujourd’hui de souffrir de symptômes post-commotions qu’il a subis alors qu’il jouait.Ce ne sont ici que deux exemples et d’une seule équipe. Imaginez combien il y a de cas au travers la ligue au complet !
La Ligue Nationale prend tout de même un peu plus au sérieux qu’avant les commotions cérébrales. Elle doit maintenant offrir aux joueurs qui ont subi ces blessures de l’aide, et surtout , ne plus jamais en refuser, comme ce fut le cas pour Joe Murphy.
Si jamais la LNH apprend de cela et agit en conséquence, cette triste histoire aura au moins servi à quelque chose !
Crédit photo : twitter.com
