Devrait-on évaluer le talent d’un joueur par son nombre de Coupes Stanley?


 Par Karl Hakopian 

Comme vous le savez tous, nombreux sont ceux qui évaluent le talent d’un joueur à son nombre de coupes Stanley. J’aimerai vous rappeler que le hockey est un sport d’équipe et que ce genre de comparaison n’a pas lieu d’être. Effectivement, je ne crois pas que Gilbert Dionne est meilleur que son frère Marcel malgré que Gilbert ait gagné une coupe et pas Marcel. Gilbert Dionne a cumulé 61 buts et 79 passes pour un total de 140 points en 223 matchs en carrière en plus de remporter la coupe Stanley en 1993 avec les Canadiens. Son frère, en revanche, a cumulé 731 buts et 1040 passes pour un total de 1771 points en 1348 matchs. Cette récolte le place au 4e rang de l’histoire au niveau des buts(731) derrière Wayne Gretzky, Gordie Howe et Brett Hull et il est le 6e meilleur pointeur de l’histoire de la LNH(1771). Finalement, il est au 10e rang de l’histoire pour le nombre de passes(1040). Il n’y a pas de doute que Marcel est un meilleur joueur que son frère malgré le fait qu’il n’a pas gagné la coupe Stanley.

Mauvaise façon de comparer deux joueurs

On peut citer d’autres exemples probants. C’est notamment le cas de Jarome Iginla qui n’a pas tout le crédit qu’il mérite notamment à cause qu’il n’a pas réussi à soulever cette précieuse coupe. Il ne faut pas oublier qu’il s’est rendu en finale de la coupe en 2004 avec les Flames et qu’il a perdu vs le Lightning qui était fort cette année-là. En effet, ces derniers avaient Brad Richards, Martin St-Louis, Cory Stillman, Vincent Lecavalier, Dave Andreychuk, Pavel Kubina et plusieurs autres. Iginla avait pour sa part des coéquipiers de moins bons calibres comme Craig Conroy et Shean Donovan. Iginla a été le 16e meilleur marqueur de la ligue cette année-là, avec une production de 73 points. Cependant, bien qu’il fut le meilleur pointeur de son équipe, il y a eu trois joueurs de Tampa Bay qui avaient plus de points que lui. En effet, il s’agit de Martin St-Louis(94), qui fut le meilleur pointeur de la ligue, Cory Stillman(80) et Brad Richards(79). On voit bien que le Lightning avait une très bonne formation et que le mandat était très élevé pour Iginla. Tampa Bay a fini au deuxième rang de la ligue derrière les Red Wings de Détroit tandis que les Flames ont terminé au sixième rang dans l’Ouest. Iginla et les Flames ont battu coup sur coup les Canucks, les Red Wings et les Sharks avant de plier l’échine devant Tampa Bay.

Aujourd’hui, il est l’icône de cette équipe. Quand on pense aux Flames, on pense instinctivement à Iui. À défaut d’avoir gagné la coupe, il a gagné 2 trophées Maurice Richard ainsi que les trophées Art Ross, Lester B.Pearson, King Clancy et Mark Messier. C’est au 34e rang de l’histoire qu’Iginla a pris sa retraite du hockey professionnel. Iginla ira sans équivoque au Temple de la renommée malgré  le fait qu’il n’a pas obtenu sa coupe.

Le hockey d’autrefois vs le hockey d’aujourd’hui

Jadis, il n’y avait pas beaucoup d’équipes . C’est dans ce contexte que le Canadien en profita pour être l’équipe la plus glorieuse dans l’histoire de la LNH. Je tiens à préciser que la fameuse règle qui faisait que le Tricolore pouvait repêcher les deux meilleurs joueurs francophones disponibles n’a duré que 2 saisons. En 1968 le Canadien en a profité pour repêcher le gardien Michel Plasse et le centre Roger Belisle. En 1969, le Tricolore avait repêché l’ailier droit Réjean Houle et l’ailier gauche Marc Tardif. Tardif n’aura joué que 3 saisons et 18 matchs avec le CH, préférant plutôt évoluer dans l’Association Mondiale de Hockey avec les Nordiques de Québec. Ce privilège est disparu en 1970 et les Sabres de Buffalo et leur directeur général Punch Imlach en avaient profité pour acquérir le spectaculaire Gilbert Perreault, lui qui a vraiment marqué l’histoire de cette équipe. Le fin renard qu’est Sam Pollock avait toutefois réussi à obtenir Guy Lafleur par le biais d’une transaction. Imaginez, si cette règle avait toujours existé, Gilbert Perreault aurait joué dans la même formation que Guy Lafleur ! Wow! Comme on peut le constater, ce n’est toutefois pas cette règle qui a fait du Canadien une puissance. Cependant, le petit nombre d’équipe a aidé quelque peu. Nous pouvons aussi dire que Henri Richard a joué dans une bonne époque. En effet, ce dernier a remporté pas moins de 11 coupes Stanley ce qui le place au premier rang de l’histoire et il ne sera très certainement pas battu, car aujourd’hui il est très difficile d’avoir une équipe prétendante pendant 11 ans avec le plafond salarial et bien d’autres facteurs. Est-ce que ses 11 coupes font de lui le meilleur joueur de l’histoire? Bien sûr que non. On ne veut rien enlever à son grand talent, il reste une légende du Canadien. Toutefois, d’autres joueurs qui ont porté l’uniforme bleu-blanc-rouge furent encore meilleurs que lui, bien qu’ils ont obtenu moins de coupes Stanley que celui qui était surnommé le Pocket Rocket.

Tout ceci est pour dire que le hockey est un sport d’équipe et que ce n’est pas un joueur qui fait la différence. Oui, une étoile fait la différence lors des moments importants, mais il doit être bien entouré. Il ne faut pas également négliger le travail de l’entraîneur-chef et du directeur général de l’équipe. En effet, c’est le directeur général qui met l’équipe en place et c’est l’entraîneur qui s’assure de la cohésion de l’équipe. L’équipe d’expansion de Vegas en est un parfait exemple. L’équipe sur papier ne fait pas partie des plus talentueuses, mais grâce au brio de Gérard Gallant et de George Mcphee, l’équipe s’est rendue en finale de la Coupe Stanley! Par conséquent, ces derniers ont été récompensés par leurs efforts en méritant le titre du directeur général de l’année et de l’entraîneur-chef de l’année.

Les critiques virulentes sur Price basées sur son incapacité à gagner la coupe

Comme vous le savez, plusieurs partisans du Canadien ne mâchent pas leurs mots lors qu’il est question de Price. En effet, ce dernier est virulemment critiqué lors des défaites des siens, mais il en est pour la plupart du temps pas responsable. Bien que plusieurs le considèrent comme le meilleur gardien au monde, il y en a d’autres pour qui ce n’est pas le cas, car il n’a pas gagné de coupes Stanley. Hélas, c’est vrai, c’est d’ailleurs le seul trophée qui manque à son tableau de chasse. Par conséquent, ce n’est pas cela qui définit le talent de Price. Comme mentionné ci-haut, la coupe Stanley se gagne en équipe et Price n’est qu’un gardien, il ne peut pas marquer les buts.

Qu’on le veuille ou non, Price est l’un des meilleurs gardiens de l’histoire du CH et ses statistiques le prouvent. En effet, Price est le gardien de but ayant disputé le plus grand nombre de matchs avec la Sainte-Flanelle, soit 557. Il a dépassé cette marque en fin de saison dernière. Price n’est qu’à 28 victoires du record établi par Jacques Plante. Ce dernier en a 314 et Price 286 et il n’a besoin que d’une saison de 29 victoires pour dépasser cette marque.

Outre cela, Price a permis à Hamilton de remporter sa première coupe Calder de son histoire en 2007. Il a également remporté le trophée Jack A. Butterfield, qui est l’équivalent du trophée Conn Smythe dans la LNH. Price a également remporté la médaille au championnat mondial de hockey junior en battant la Russie en finale. Il a gagné les titres de gardien par excellence du tournoi et du joueur le plus utile de son équipe en plus d’être sur l’équipe d’étoiles. Il a remporté, également en 2007, le titre de gardien par excellence de la ligue canadienne de hockey. Outre ses distinctions, il a connu une saison 2015 exceptionnelle lui permettant de mettre la main sur le trophée Vézina, le trophée Hart, le trophée William M.Jennings et le trophée Ted Lindsay. Il a pris part à quatre matchs des étoiles. Il détient également le record pour le nombre de victoires en une seule saison par un gardien chez le Canadien avec 44. Il a de plus, remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques en 2014 avec le Canada ainsi que la Coupe du Monde en 2016.

Ce palmarès mérite-t-il d’être oublié simplement parce qu’il n’a pas réussi à remporter ce fameux trophée. Je ne crois pas. Pour finir, je vous dresse le top 10 des meilleurs joueurs n’ayant jamais remporté de coupes.

Top 10 des meilleurs joueurs n’ayant jamais remporté de coupes: 

  1.  Marcel Dionne: 1771 points
  2. Joe Thornton(actif): 1427 points
  3. Adam Oates: 1420 points
  4. Dale Hawerchuk: 1409 points
  5. Mats Sundin: 1349 points
  6. Mike Gartner: 1335 points
  7. Pierre Turgeon: 1327 points
  8. Gilbert Perreault: 1326 points
  9. Jarome Iginla: 1300 points
  10. Jean Ratelle: 1267 points

Crédit photo : Sports Illustrated